Symphonie-tempête

Le Palais des Dégustateurs s’est lancé dans une édition Carlos Païta dont j’avais déjà donné quelques nouvelles. La reprise des enregistrements de studio, pour Decca puis pour Lodia, mais aussi, et peut-être surtout la révélation de captations de concerts, donnent aujourd’hui une seconde chance à un chef aussi fabuleux qu’inutilement controversé.

Le programme français ici – j’assimile Guillaume Lekeu malgré de probables foudres de mes amis belges – dit tout d’un art fulgurant, animé par une verve poétique et une maîtrise des rythmes, un sens de la narration qui magnifient une lecture sensualiste de La Péri, comme la rêvait Paul Dukas et l’incarna Bakst dans ses sublimes dessins et costumes. Il prend son temps, demandant beaucoup à la formation bruxelloise qui excellait dans ce répertoire au long des années soixante. L’érotisme de son geste me rappelle celui que Georges Sébastian déployait dans son enregistrement parisien pour Urania.

Le clou de ce disque ? La Symphonie de Chausson, probablement donnée au même concert – l’éditeur indique pour les deux œuvres 1968 sans plus de précision – où Carlos Païta ne cache rien des influences tristanesques, magnifiant la noirceur du Lent, creusant le ressac amer, si wagnérien, qui ouvre le Très Lent avant d’enflammer le Final, tempête épique, toute grande version d’une œuvre qui a eu de la chance au disque récemment sous la baguette de Jean-Luc Tingaud (voir ici).

L’ajout de l’Adagio de Guillaume Lekeu, dont Carlos Païta règle les sfumatos et les visions avec un art consommé, rappelle l’ampleur de son répertoire comme sa curiosité naturelle, faisant mentir à l’égal du reste du programme, sa soi-disante fascination pour les ouvrages seulement spectaculaires, un des ponts aux ânes que détricote avec brio André Hirt dans son ouvrage Carlos Païta, dans le fracas d’un son plein d’épouvante publié parallèlement par Le Palais des Dégustateurs (disponible ici). Il aurait gagné à s’augmenter d’une discographie mise à jour ainsi que d’une liste détaillée des concerts enregistrés, de quoi aviver mon impatience.

LE DISQUE DU JOUR

Paul Dukas (1865-1935)
La Péri, poème dansé
(avec la Fanfare)

Ernest Chausson (1855-1899)
Symphonie en si bémol majeur, Op. 20
Guillaume Lekeu (1870-1894)
Adagio pour quatuor d’orchestre*

Grand Orchestre Symphonique de la RTB-BRT
Carlos Païta, direction (enr. Bruxelles, *1967, 1968)

Un album du label Le Palais des Dégustateurs PDD051
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Photo à la une : le chef d’orchestre Carlos Païta – Photo : © DR