Si l’on en croit les écrits d’époque, Cavalli disposa d’un tout petit ensemble instrumental pour soutenir la grande pastorale sensuelle de sa Calisto, ce dont Raymond Leppard fit fi lors du génial revival qu’il osa au Festival de Glyndebourne en 1970. Il se dota d’un orchestre bien plus étoffé, copié sur ceux des ouvrages postérieurs du Vénitien.
C’est dans ce même élargissement que Sébastien Daucé envisage aujourd’hui de brosser avec subtilité les duperies de Jupiter sous l’apparence de Diane, les tourments sensuels de Diane interdite par elle-même de céder à Endymion, la fureur de Junon découvrant la supercherie de Jupiter : son grand orchestre (dix dessus) déploie une palette versicolore prompte à saisir l’émotion des personnages et le brio d’un théâtre des sentiments que pimente la vis comica de Lymphée dont Zachary Wilder se garde bien de charger les éclats.
Ne serait-ce que pour l’Endimione si sensuel, si caressant jusque dans sa nostalgie, de Paul-Antoine Bénos-Djian, il faudra connaître cette nouvelle Calisto qui s’oppose fatalement au geste plus dramatique de René Jacobs que le spectacle d’Herbert Wernicke augmentait par nécessité.
À eux les flamboiements et l’ivresse, à Sébastien Daucé et à sa belle bande l’élégant théâtre des sentiments, la semi-comédie où les Dieux se font prisonniers des humains, si finement illustrée par la production de salon du Théâtre de l’Archevêché où brillaient les subtilités de la Calisto de Lauranne Oliva, timbre doré à l’or fin.
Mais écoutez d’abord la stupéfiante Junon d’Anna Bonitatibus, sa colère et sa douleur face aux frasques du Jupiter d’Alex Rosén, splendidement chanté même dans son falsetto de déguisement. On ne boudera pas cette Calisto différente, somptueusement réalisée et tout aussi somptueusement éditée.
LE DISQUE DU JOUR
Francesco Cavalli (1602-1676)
La Calisto
Lauranne Oliva, soprano
(Calisto)
Alex Rosén, basse
(Giove, Giove en Diane)
Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor
(Endimione)
Anna Bonitatibus, mezzo-soprano (L’Eternità, Giunone)
Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano (Diana)
Dominic Sedgwick, baryton (Mercurio)
Zachary Wilder, ténor (Linfea)
David Partillo, ténor (La Natura, Pane, Furia)
Théo Imart, contre-ténor (Destino, Il Satirino, Furia)
José Coca Loza, basse (Silvano, Furia)
Ensemble Correspondances
Sébastien Daucé, direction
Un album de 3 CD du label harmonia mundi HMM 902801.03
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Photo à la une : le contre-ténor Paul-Antoine Bénos-Djian –
Photo : © DR