Deux visages

Un monde sépare le Premier Trio de 1897 – Enesco est encore adolescent – tout entier pénétré par le modèle brahmsien même si le piano un peu cymbalum pimente le discours – du Trio de 1916. Pour le composer, Enesco retourna en Roumanie, séjournant dans un sanatorium non par nécessité médicale, mais pour l’isolement et la beauté du lieu.

L’œuvre est complexe, rythmes fuyants, harmonies dorées et étranges où passent les fantômes des salons musicaux parisiens, au fond peu de musiques strictement inspirées par le folklore roumain, mais pour l’harmonie, c’est tout autre chose : les doinas, les lautaris sont comme en filigrane, ce que font entendre avec bien des subtilités les trois amis du Trio Zefír.

L’œuvre est restée sous le boisseau des archives jusqu’en 1965, Hilda Jerea en proposa une transcription imparfaite, en 1995 Pascal Bentoiu reprit le manuscrit sans rien affadir d’un original qui dit assez à quel point Enesco se trouvait à la croisée des chemins : la fantaisie roumaine du second mouvement, dont les caprices virtuoses sont si brillamment rendus (la Sicilienne), les épisodes du Final (la danse du Vivace, avec son paradis harmonique si complexe, son discours divagant), le grand paysage de l’Allegro initial, tout cela fait un chef-d’œuvre trop longtemps ignoré qu’on entend ici dans sa vérité, certes, mais d’abord dans sa plénitude.

LE DISQUE DU JOUR

Georges Enesco
(1881-1955)

Trio pour violon, violoncelle et piano No. 2 en la mineur (1916)
Trio pour violon, violoncelle et piano No. 1 en sol mineur (1897)

Trio Zefír, piano

Un album du label Da Vinci Classics C01223
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Photo à la une : les membres du Trio Zefír –
Photo : © DR