La musique vocale de Couperin est quasi toute pour l’église, mieux pour le couvent. Ses Leçons de Ténèbres épurées, loin des folies ultramontaines qu’y joignaient Charpentier ou même parfois Lambert, sont revenues en grâce depuis l’enregistrement pionnier de Nadine Sautereau et de Janine Collard (Erato), au point de ravir la vedette aux divers cahiers de Charpentier justement. Continuer la lecture de Chants du soir
Archives par mot-clé : François Couperin
Poésie de clavier
Quelle magnifique idée : Clément Lefebvre, pour ce qui est je crois bien son premier disque, marie Rameau et Couperin. Marcelle Meyer et ses successeurs (Thérèse Dussaut, Alexandre Tharaud, Iddo Bar-Shaï) auront enregistré soit l’un soit l’autre, ou les deux, mais pas ensemble. C’est Marcelle Meyer qui donne l’exemple ici, dès une Dauphine pleine de caractère, élancée et superbe, avec quelque chose d’espagnol dans son arabesque, un certain « port de clavier » pour ainsi dire. Comme cela sonne !
Puis on parcourt à dix pièces célèbres de Couperin prises dans les Troisième et Quatrième Ordres, musique qui donne à voir et dont Clément Lefebvre dit toutes les couleurs dans une effusion de trilles, d’ornements, de mélodies où les contre-chants de la main gauche sont d’une fluidité extrême, contrepoints de saveurs, et encore une fois impossible de ne pas penser à ce que faisait Marcelle Meyer, jusque dans ce clavier très timbré, très rond, qui cherche une sorte d’idéal sonore d’un temps passé. On ne joue plus ainsi du piano, enfin on ne jouait plus, car c’est la boîte de Pandore qu’ouvre le jeune pianiste français, et tout un monde de licences poétiques se dévoile, vrai discours du tendre et du sensible, qui sait aussi virevolter jusqu’à une sorte de griserie ; écoutez L’Arlequine.
Si Lefebvre a vraiment le génie du tableau qui chez Couperin fait tout à condition qu’on sache aussi faire entendre le savant de son écriture où, au piano, Bach n’est jamais si loin qu’on ne le croit, il a aussi le génie de la prospective : son album se referme par la plus parfaite Suite en la entendue depuis Marcelle Meyer, alliage subtil de tendresse et de fierté, avec cette pointe de nostalgie amusée qui fait le portrait de Fanfarinette si juste, émouvant comme un sourire, et quel contraste avec les fusées de La Triomphante, quel sens de la dramaturgie et de l’espace harmonique dans la grande Gavotte et ses six Doubles !
Ah !, quel beau disque, qui souligne naissant l’art de ce pianiste poète que je voudrais demain entendre chez Chopin ou Granados.
Bravo !
LE DISQUE DU JOUR
François Couperin (1668-1733)
Le Point du jour, Les Rozeaux, L’Arlequine, L’anguille, La Couperin, Les Tricoteuses, Les Folies françoises ou Les Dominos, Les Petits Moulins à vent, La Pantomime. Le Dodo ou l’Amour au berceau
Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
La Dauphine
Suite en la mineur, RCT 5 (extrait des « Nouvelles suites de pièces de clavecin », 1727)
Clément Lefebvre, piano
Un album du label Evidence Classic EVCD052
Acheter l’album sur le site du label Evidence ou sur Amazon.fr – Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com
Photo à la une : © Jean-Baptiste Millot
Soleil couchant du Grand Siècle
Les petits Concerts que François Couperin joua du clavecin en entraînant quelques musiciens pour chasser les ombres qui assiégeaient la vieillesse de Louis XIV – on est en 1714 et en 1715 – sont de pures merveilles qui font regretter Continuer la lecture de Soleil couchant du Grand Siècle
Subtilité
C’est entendu : de sa viole de prophète, Jordi Savall aura réinventé Marin Marais. Se doutait-il que son travail longtemps solitaire ouvrirait la voix à cette renaissance de cet instrument, renaissance dont Marais restera toujours l’heureux bénéficiaire Continuer la lecture de Subtilité
Lully aux Champs-Elysées
J’ai toujours eu une tendresse extrême pour L’Apothéose de Lully depuis que je l’ai découverte enfant dans l’opulente mais éloquente proposition de Jean-François Paillard, sans pourtant jamais être convaincu de ce qu’en tiraient les interprètes, sinon par l’approche si sensible, si « à part » de Jordi Savall et de ses amis. Bonheur !, voici que coup sur coup deux enregistrements me charment. Continuer la lecture de Lully aux Champs-Elysées