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Tactus

Une des clefs du secret Sibelius demeure dans la maîtrise du temps. Nicholas Collon l’a bien compris : il préfère aux barres de mesure les lignes claires qui sont l’armature fluide de l’univers sonore de Sibelius.

Il ne pressera rien, laissera le temps emplir l’harmonie : l’Allegro molto final de la Cinquième Symphonie devient un paysage qui ne cesse de s’élargir, on croirait du Bruckner si les couleurs blanches des Finlandais n’ajoutaient cette nuance nostalgique, ce goût de crépuscule.

Swanwhite devient, regardé dans ses moindres détails, une merveille de poésie, harpe magique, pensées étranges qui assaillent le Prince seul, duo amoroso, empli de galanteries du Prince et de la Jeune fille, Nicholas Collon donne au symbolisme de la pièce de Strindberg une couleur assez Maeterlinck.

Entracte bienvenu, deux cahiers de petites pièces pour violon et orchestre, Sérénades enjouées ou capricieuses, mélodie sensuelle (ce Cantique est d’amour) ou prière douloureuse, le violon de Christian Tetzlaff dit tout de ces pièces dont tant n’auront qu’effleuré la surface, l’orchestre dont le sertit Nicholas Collon élargissant le cadre.

LE DISQUE DU JOUR

Jean Sibelius (1865-1957)
Symphonie No. 5 en
mi bémol majeur, Op. 82

2 Sérénades pour violon et
orchestre, Op. 69

2 Pièces pour violon et
orchestre, Op. 77

Blanc de cygne (Svanevit) – Suite, Op. 54a

Christian Tetzlaff, violon
Orchestre Symphonique de la Radio finlandaise
Nicholas Collon, direction

Un album du label Ondine ODE 1468-2
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Photo à la une : le chef d’orchestre Nicholas Collon –
Photo : © Jim Hinson

Hommage

« In Memorian Lars Vogt » indique discrètement une notation au bas du recto. Une photographie du pianiste, tête penchée, yeux clos, comme à l’écoute, orne le verso du livret où Tanja et Christian Tetzlaff en conversation avec Friederike Westerhaus évoquent leur longue amitié avec le pianiste. Est-ce l’ami que semblent pleurer la violoncelliste puis le violoniste en phrasant avec tant d’ombres, de tels soupirs, leurs premières interventions ? Emouvant en tous cas, et indiquant d’emblée qu’en accord avec Paavo Järvi, ils feront pencher ce concerto-ballade vers une prégnante nostalgie, proposition qui me semble inédite dans la discographie relativement modeste de l’œuvre si on la compare à celle des trois autres opus concertants.

Les couplages pourraient sembler partiellement étonnants, non pour le Waldesruhe d’Antonín Dvořák, joué comme en rêve par Tanja Tetzlaff, mais du côté Viotti. Sembler seulement, Brahms chérissait l’œuvre et encouragea Joachim à la jouer, Christian Tetzlaff la sauve de cette virtuosité un peu tapageuse dont l’encombrait Isaac Stern, son archet lyrique magnifie le discours complexe de cette œuvre où deux mondes semblent se mirer : l’Adagio mozartien s’entoure d’Allegros capricieux ou tempétueux, un romantisme s’y affirme, qui n’aura pas échappé à l’auteur du Requiem allemand.

LE DISQUE DU JOUR

Johannes Brahms
(1833-1897)
Concerto pour violon et
violoncelle en la mineur,
Op. 102

Giovanni Battista Viotti (1755-1824)
Concerto pour violon et orchestre No. 22 en la mineur,
G. 97

Antonín Dvořák (1841-1904)
Waldesruhe (No. 5, extrait de « De la forêt de Bohème, Op. 68, B. 133 »

Christian Tetzlaff, violon
Tanja Tetzlaff, violoncelle
Deutsches Symphonie-Orchester Berlin
Paavo Järvi, direction

Un album du label Ondine ODE1423-2
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Photo à la une : Paavo Järvi, entouré de Christian Tetzlaff et Tanja Tetzlaff – Photo : © DR