Capriccios

Une brève pièce, La Capricieuse, rappelle qu’à son clavier Carl Philipp Emmanuel Bach entendait peindre les caractères, souci courant au Siècle des Lumières. Ce catalogue des humeurs finira par gagner toute son œuvre, quasiment abritée par les audaces de l’Aufklärung. Il lui permit cette syntaxe audacieuse qui semblait vouloir retarder le Classicisme, en tout cas l’ignorer.

Alessandro Deljavan ouvre ici un cabinet de curiosités qu’il emplit d’ouvrages tous accordés au moins au caprice, au plus au bizarre. Le piano moderne l’aide-t-il ? Il le prive en tous cas des couleurs des clavecins, des pianoforte et autre Tangentenflügel que Carl Philipp Emanuel affectionnait tant, et d’une part de poésie : c’est sensible dans le si tendre Andante de la Sonate en la mineur, ce que le toucher évocateur, l’intelligence des phrasés compensent en partie.

Les Fantaisies sont la plus belle part de l’album, le pianiste fait entendre à quel point elles enjambent le Classicisme pour imaginer le Romantisme, au point que l’ombre du Mozart des Fantaisies et Rondos s’immisce dans le discours de l’interprète, rendant justice à ce génie entre deux mondes, le plus visionnaire des fils de Bach.

LE DISQUE DU JOUR

The Hidden Legacy

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788)
Fantaisie en ut majeur,
Wq. 61/6, H. 291
Rondo en ut majeur,
Wq. 56/1, H. 260
La Capricieuse, Wq. 117/33, H. 113
Sonate pour clavier en la mineur, Wq. 49/1, H. 30
Fantaisie en mi bémol majeur, H. 348
Sonate pour clavier en si bémol majeur, Wq. 62/16, H. 116
Rondo en ut mineur, Wq. 59/4, H. 283
Fantaisie en fa dièse mineur, Wq. 67, H. 300
Presto en ut mineur, Wq. 114/3, H. 230

Alessandro Deljavan, piano

Un album du label Challenge Classics CC 720051
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Photo à la une : le pianiste Alessandro Deljavan –
Photo : © Jean-Baptiste Millot