Introduire la Première Symphonie par le maelström de l’Ouverture tragique, c’est confronter deux tempêtes, au risque d’amoindrir le formidable coup de tonnerre avec timbales qui ouvre l’Allegro.
Kirill Petrenko d’ailleurs ne s’y attarde pas, et dans ce mouvement vif les coups d’archets des contrebasses font autant d’effet que le timbalier. Sa Première Symphonie sera tout entière cursive, et presque allégée par des timbres plus clairs qu’à l’habitude. Le mouvement empêche le pathos, distrait des effets pour mieux faire entendre les grandes lignes, dégager les polyphonies, exposer la formidable machine orchestrale où le jeune Brahms inventait tout un nouveau monde sonore : seuls quelques échos des Symphonies de Schumann s’y évoquent, prémices de cette nouvelle manière d’écrire pour l’orchestre que Brahms raffinera dans les trois opus qui suivront.
La clarté de l’ensemble n’empêche ni le mordant des attaques, ni la furia du geste, mais Kirill Petrenko les plie dans sa direction élégante qui fait briller les Berliner Philharmoniker – au sommet de leur art. On n’est pas si loin du cycle intermédiaire d’Herbert von Karajan, c’est plus d’une fois troublant en particulier dans les nuances caloroso de l’Andante qui file en une seule ligne, admirable par le contrôle, la subtilité, qu’on retrouve au long d’un Scherzo sur les pointes, à la palette raffinée.
Le retour de la tempête qui sourd au début du Finale (Adagio) semble soudain si proche de celle qui précède le dernier mouvement de la 4e Symphonie de Schumann ! Ce sera le seul instant où le chef russe retiendra le temps, moment sidérant de contrôle avant la furia de l’Allegro gagnant à mesure le brio de la péroraison.
Magnifique, j’attends la suite du cycle !
LE DISQUE DU JOUR
Johannes Brahms (1833-1897)
Symphonie No. 1 en ut mineur, Op. 68
Ouverture tragique, Op. 81
Berliner Philharmoniker
Kirill Petrenko, direction
Un livre-disque du label Berliner Philharmoniker Recordings BPHR250561
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Photo à la une : le chef d’orchestre Kirill Petrenko –
Photo : © Stephan Rabold