Sans théâtre

J’attendais beaucoup de cet Idomeneo version Munich (Sir Simon Rattle ajoute les derniers airs d’Elettra, mais se déleste du ballet conclusif), trop certainement. Etrange, le chef anglais, qui aime tout l’ouvrage, semble vouloir le dégager de la scène. Est-ce l’effet du concert ou une volonté paradoxale de souligner ici plus un classicisme à l’œuvre que le coup de génie d’un Mozart trouvant son monde lyrique ?

Ceux qui auront en mémoire les explosions expressionnistes d’Harnoncourt ou le théâtre incendiaire déclenché à Salzbourg par Ferenc Fricsay ou par Fritz Busch à Glyndebourne (la captation intégrale, avec l’Ilia de Sena Jurinac et l’Elettra de Birgit Nilsson !) resteront interdits devant la mesure, la retenue d’une direction admirable par ses nuances plus que pas ses emportements. Lecture quasi crépusculaire en fait, où Rattle préfère aux splendeurs du décor rappelant encore l’âge d’or de l’opera seria, les intrigues amoureuses et les portraits psychologiques.

Las, à cette optique singulière s’ajoute une distribution qui promet beaucoup mais tient peu, à commencer par le rôle-titre. Le ténor ingrat d’Andrew Staples dépare jusqu’à un Fuor del mar auquel manque l’ampleur vocale et l’éclat du verbe. L’Ilia si touchante de Sabine Devieilhe est au fond trop légère si l’on pense à Sena Jurinac ou à Pilar Lorengar, et l’Elettra d’Elsa Dreisig, aussi admirablement chantée qu’elle soit, n’a évidemment pas les graves suffisants pour libérer sa fureur.

Un bon Arbace (Linard Vrielink), un sonore Grand Prêtre (Allan Clayton), même les quelques mots de l’Oracle de Tareq Nazim se remarquent, mais écoutez les airs d’Idamante (Fricsay distribuait le rôle à un ténor, Ernst Haefliger…), où Magdalena Kožená, reprenant un rôle qu’elle avait esquissé pour Sir Roger Norrington à Salzbourg, se révèle prodigieuse d’intensité dramatique comme de vérité psychologique : elle vole la vedette à ses cadettes, perle noire de cet Idomeneo trop mesuré.

LE DISQUE DU JOUR

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Idomeneo,
K. 366

Andrew Staples,
ténor (Idomeneo)
Magdalena Kožená,
mezzo-soprano (Idamante)
Sabine Devieilhe,
soprano (Ilia)
Elsa Dreisig, soprano (Elettra)
Linard Vrielink, ténor (Arbace)
Allan Clayton, ténor (Le Grand Prêtre de Neptune)
Tareq Nazmi, basse (La voix de l’Oracle)

Chor und Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Sir Simon Rattle, direction

Un coffret de 3 CD du label BR-Klassik 900215
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Photo à la une : la mezzo-soprano Magdalena Kožená – Photo : © DR