Hors de la Seconde École de Vienne, de ses suiveurs, et de l’œuvre au noir de Chostakovitch, trois autres séries majeures pour le quatuor à cordes auront encadré le mitan du XXe siècle : les six Quatuors de Béla Bartók, les huit Quatuors d’Alexandre Tansman, et les sept Quatuors de Bohuslav Martinů.
En rien trois monolithes, pour chacun des trois compositeurs, l’occasion de pénétrer dans leurs ateliers et de scruter les abysses de leurs processus créatifs. Il manquait une nouvelle intégrale pour le cycle de Bohuslav Martinů, j’y espérais les Pavel Haas, les voici dans un premier volume qu’ils ouvrent avec le 5e Quatuor, chef-d’œuvre de la série, composé au printemps 1938 en Tchécoslovaquie, période supposée heureuse : Martinů revenait d’assister à la création parisienne de Juliette. Las !, l’assombrissement du destin de l’Europe, et partant de son pays natal, donnèrent une tonalité tragique au nouvel opus.
L’œuvre se détache par ses abrasions, ses dissonances, son ton résolument expressionniste de tout ce qu’il aura confié précédemment aux quatre archets, y compris l’évocation des idiomes populaires. Le motorisme du Vivo sonne acide, le Lento inquiet qui ouvre le Finale semble faire écho aux nocturnes si chers à Alexandre Tansman, l’ami de Paris, la radicalité de l’œuvre s’exalte dans le jeu âpre des Pavel Haas.
Quel contraste !, la lumière, le giocoso empli de traits populaires mêlés d’un peu de jazz et de fox-trot emportent le Troisième Quatuor, écrit à la toute fin du long séjour parisien (décembre 1929). Le Finale trépidant est irrésistible dans le jeu precipitato des quatre amis. Quatre ans plus tôt, le Moderato introductif du Deuxième Quatuor fait entendre du Debussy, du Ravel: Martinů y rend hommage à tout ce que la musique française lui apporta, et d’abord cette lumière, l’allégement d’une palette où les idiomes tchèques viennent fleurir un discours aussi joueur qu’irrévérencieux (un peu de moqueries beethovéniennes ici et là). Les Haas en savourent les touches poivrées.
La guerre passée, Martinů épura son langage en le teintant de néo-classicisme, le Septième Quatuor n’échappe pas à cette simplification, mais les Haas s’emploient à embraser les ostinatos des mouvements vifs et délivrent dans l’Andante tout le lyrisme d’une des plus touchantes pages que nous aura laissée Bohuslav Martinů.
LE DISQUE DU JOUR
Bohuslav Martinů
(1890-1959)
Quatuor à cordes No. 2,
H. 150
Quatuor à cordes No. 5,
H. 268
Quatuor à cordes No. 3,
H. 183
Quatuor à cordes No. 7,
H. 314 « Concerto da camera »
Pavel Haas Quartet
Un album du label Supraphon SU4368-2
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Photo à la une : les musiciens du Pavel Haas Quartet –
Photo : © Petra Hajska