Prenant à part Henriëtte Bosmans après l’audition de sa Sonate pour violoncelle qui venait de lui valoir les suffrages du public lors d’un concert où elle fut préférée aux œuvres de Diepenbrock ou de Röntgen, Matthijs Vermeulen lui reprocha de céder à l’influence germanique, et l’engagea à regarder plutôt du côté de la France ! Quasi l’accuser de composer la musique de l’ennemi.
La grande Sonate qui fit alors sensation fut vite oubliée, même son créateur, Loevensohn, le premier violoncelle de l’orchestre du Concertgebouw, s’en détourna. Injustice que répare enfin Raphael Wallfisch dont l’art exalté avait déjà révélé des pages pour violoncelle et orchestre (voir ici) : partie de piano orageuse, où passe à la fin du Maestoso les échos de clairons par-delà les tranchées, violoncelle ténébreux et violent, quelle œuvre !, vraie Sonate de guerre qui fait le pendant idéal de celle, strictement contemporaine, que Rebecca Clarke destina à l’alto.
Raphael Wallfisch empoigne les Allegros, chante avec une nostalgie désolée la fausse romance de l’Allegretto, la supplique de l’Adagio, Ed Spanjaard retrouvant son piano sans oublier les couleurs qu’il savait si bien évoquer en dirigeant les deux Concertos pour violoncelle.
Henriëtte Bosmans n’oublia pas le conseil de Vermeulen : deux ans plus tard un Nocturne où la harpe poudroie des étoiles sur la sérénade triste du violoncelle est une pure merveille de poésie, comme une parenthèse onirique dans l’abondant corpus qu’elle destina au violoncelle durant les Années vingt – l’un de ses opus les plus français, quasi fauréen par moment.
L’apparition dans sa vie amoureuse de Frieda Belinfante lui inspirera les trois Impressions, pièces de caractère fortement épicées, Cortège où le violoncelle se prend pour un clairon (un malencontreux retour de cabine fait entendre le « OK » du directeur artistique..), Nocturne étale et sans lune, Allegro con brio avec mantille et castagnettes, triptyque secondaire face aux deux œuvres précédentes, j’en admire pourtant l’impeccable facture.
LE DISQUE DU JOUR
Henriëtte Bosmans
(1895-1952)
Sonate pour violoncelle et piano en la mineur (1919)
Nocturne pour violoncelle et harpe (1921)
3 Impressions, pour violoncelle et piano (1926)
Raphael Wallfisch,
violoncelle
Ed Spanjaard, piano
Sharron Griffiths, harpe
Un album du label CPO 555 737-2
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Photo à la une : la compositrice Henriëtte Bosmans,
avec à gauche la violoncelliste Frieda Belinfante, également sa compagne – Photo : © United States Holocaust Memorial Museum (public domain)