Kirill Kondrachine, enregistrant pour le microsillon les versions de référence demeurées intangibles des Cloches et des Danses Symphoniques ne pouvait imaginer que leur réédition au format CD créerait un couplage mythique. Vladimir Ashkenazy, avec les splendeurs du Concertgebouw l’aura reproduit par le biais des rééditions, Karina Canellakis avec l’autre formation symphonique néerlandaise princeps, celle de la Radio, l’ose sans ciller, et c’est merveille.
Lecture transcendante par l’urgence, l’espressivo, la caractérisation de chaque Cloche, avec un arrière-fond de conte, un écho légendaire, assaisonnés d’une pointe de fantastique, une profondeur du jeu d’orchestre et un chœur fulgurant, encore supérieur à celui dont bénéficiait Vladimir Ashkenazy. La beauté de la prise de son signée par l’équipe de Polyhymnia ajoute encore à l’opulence du geste de Karina Canellakis qui avoue de plus en plus un certain tropisme russe.
Ses solistes sont superlatifs, à commencer par Dmytro Popov dont le Slyshish initial, suspendu en mezza di voce irréelle donne le ton. Magnifique Kristina Mkhitaryan, voix ample et enveloppante, splendide de noirceur, après la violence des Cloches d’alarme (III) le lugubre Tocsin (IV) selon Alexander Vinogradov, un Boris !
Et les Danses symphoniques ? Amères, violentes et sensuelles à la fois, d’un impact saisissant, elles ne craignent ni celles de Kondrachine, ni celles de son créateur, Eugene Ormandy. Serait-ce le premier volume d’un cycle Rachmaninoff de Karina Canellakis pour Pentatone ?
LE DISQUE DU JOUR
Sergei Rachmaninoff
(1873-1943)
Les Cloches, Op. 35
Kristina Mkhitaryan, soprano – Dmytro Popov, ténor –
Alexander Vinogradov, basse –
Netherlands Radio Choir
Danses symphoniques, Op. 45
Netherlands Radio Philharmonic Orchestra
Karina Canellakis, direction
Un album du label Pentatone PTC 5187 523
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Photo à la une : la cheffe Karina Canellakis – Photo : © Marco Borggreve