Tant de lumière dans Ondine, et des couleurs comme jetées à plein baquet, un si grand son ouvert, infini, qui ose ainsi éclairer en nuit américaine le nocturne vampirique qui ouvre Gaspard de la nuit ?
Anton Gerzenberg, Premier Prix du Concours Géza Anda de 2021. Ce ne sont pas les échos des épreuves du Concours que l’on entend ici, mais des captations en direct réalisées à Partenkirsche Kempen. Le Steinway est superbe, l’acoustique de la salle donne une aura supplémentaire à ce jeu si ample qui sait réduire la focale lors d’un Gibet glacial, et mieux l’ouvrir pour ce Scarbo sulfureux en diable.
Ravel est le fil conducteur de ce disque épatant, Jeux d’eau pleins préférant le jaillissement au perlé, Valses nobles et sentimentales pensées orchestre – les premiers accords sonnent sans le « serré » obligé chez des pianistes moins virtuoses, les fantômes s’invitent à mesure, l’ultime est étrange comme il faut – mais écoutez aussi cet Islamey impeccable, où les doigts volent, poudroyant autant de couleurs, ou encore la palette solaire des Jeux d’eau à la Villa d’Este, sans oublier la grande fantaisie délirante osée par Godowsky sur la Fledermaus, sacrant un virtuose « à l’ancienne » qui ose être moderne. Joseph Moog n’est plus seul à rêver à l’âge d’or des pétrisseurs d’ivoire.
LE DISQUE DU JOUR
Maurice Ravel (1875-1937)
Gaspard de la nuit,
M. 55
Jeux d’eau, M. 30
Valses nobles et sentimentales, M. 61
Mili Balakirev (1837-1910)
Islamey, Op. 18
Franz Liszt (1811-1886)
Les jeux d’eaux à la Villa d’Este (No. 4, extrait des « Années de Pèlerinage III »)
Leopold Godowsky (1870-1938)
Die Fledermaus – Métamorphoses symphoniques [No. 2] sur des thèmes de Johann Strauss
Anton Gerzenberg, piano
Un album du label Prospero Classical PROPS0130 (Collection “Geza-Anda Stiftung“)
Acheter l’album sur Amazon.fr ― Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com
Photo à la une : le pianiste Anton Gerzenberg –
Photo : © Anna Tena
