Dans sa note d’intention, Alban Gerhardt pose comme préalable sa volonté d’oublier les modèles – Jacqueline du Pré, Mstislav Rostropovitch – qui ont imposé leurs versions à ces deux Concertos.
Faire du neuf avec, pour ressource première, une lecture plus attentive des manuscrits, entreprise qui s’avère heureuse pour le Concerto du premier où les indications d’Elgar fourmillent, interdisant l’élan appassionato de l’inoubliable Jacqueline du Pré, qui le reste d’ailleurs. Car si l’archet d’Alban Gerhardt suit tout ce qu’Elgar suggère (et c’est aussi vrai pour l’orchestre d’Andrew Manze), un morcellement guette qui ne parvient tout de même pas à relâcher l’intérêt de l’écoute.
Idem pour le Concerto de Dvořák un rien asséché, où le violoncelle d’Alban Gerhardt bataille, rendant à l’Allegro son ton de ballade héroïque dans le feu d’un orchestre réglé au cordeau. L’espace manque pourtant, surtout dans l’Andante, dont la mélodie ténébreuse sonne si morcelée, le violoncelliste préférant la dire que la chanter. Mais quel Finale !, si oragux, où quoi qu’il en dise, Alban Gerhardt cède à la tentation d’un espressivo que Mstislav Rostropovitch n’eut pas désavoué.
LE DISQUE DU JOUR
Sir Edward Elgar (1857-1934)
Concerto pour violoncelle et orchestre en mi mineur, Op. 85
Antonín Dvořák (1841-1904)
Concerto pour violoncelle et orchestre No. 2 en si mineur, Op. 104, B. 191
Alban Gerhardt, violoncelle
WDR Sinfonieorchester
Andrew Manze, direction
Un album du label Hypérion CDA68486
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Photo à la une : le violoncelliste Alban Gerhardt –
Photo : © Benjamin Ealovega