Au long des années 1970, Sir Colin Davis trouva à Boston l’idéal sonore dont il rêvait. Son urbanité, sa battue précise et sans esbrouffe, l’art de régler avec l’orchestre des balances subtiles lui valurent d’être nommé Premier chef invité durant le magister de Seiji Ozawa.
Le chef japonais se réservait Ravel – son intégrale Deutsche Grammophon de l’œuvre d’orchestre reste l’une des plus poétiques – Sir Colin Davis, se souvenant que Serge Koussevitzky avait abondamment dirigé Sibelius durant son mandat (1924–1949), proposa à Philips d’enregistrer toutes les Symphonies, Tapiola et un plein disque de poèmes symphoniques (Cygne méphitique, narration foisonnante pour La Fille de Pohjola).
Pari gagné : Sir Colin Davis posait un modèle différent de ceux prônés par les chefs finlandais. Paavo Berglund à Bournemouth ardait alors dans sa première intégrale une approche minérale, épique. Le chef britannique privilégie une lecture épurée, dégageant les grandes lignes, sensible au génie coloriste des premiers opus, pour, à compter de la Quatrième, tendre à une abstraction qui fascine au long d’une Cinquième Symphonie dont les jeux de timbres des souffleurs bostoniens, comme la profondeur du quatuor, creusent les paysages.
Le caractère ne manque pas pour une Troisième roborative – une des plus belles de toute la discographie – comme pour la coda Presto du premier mouvement de la Cinquième, et Pan hante Tapiola, présence menaçante, l’opposé de l’épure spirituelle d’une Septième Symphonie conçue non comme une péroraison mais comme une porte ouverte sur un autre univers. Le Concerto pour violon, plus lumineux qu’à l’accoutumé, et les six Humoresques avec Salvatore Accardo suivront.
Cyrus Meher-Homji propose ici un nouveau transfert des Symphonies signé par Jason Repantis et Jared Hawkes, rendant enfin la splendeur des prises de son originales que les précédentes rééditions numériques durcissaient.
Cette nouvelle proposition d’un cycle Sibelius fondateur – il ne faut pas négliger deux autres ensembles états-uniens, celui de Maurice Abravanel avec son Orchestre Symphonique d’Utah et la première proposition de Leonard Bernstein à New York – suffirait à rendre ce beau coffret indispensable, mais écoutez aussi l’élan des albums Schubert, ce naturel des phrasés, cette élégance des contre-chants, rappelant que la grande phalange bostoniene savait s’alléger en des sonorités chambristes.
Ecoutez l’allégresse de l’Italienne de Mendelssohn, les accompagnements parfaits pour un Claudio Arrau qui apprécie les espaces que lui offre la battue de Sir Colin Davis, l’incitant à chanter plus qu’en aucun de ses autres disques de concerto (exemple, le Premier Concerto de Tchaïkovski, quel dommage qu’ils n’aient pas fait ensemble à Boston les Brahms !), écoutez surtout le disque Debussy, où Sir Colin Davis se laisse conduire par les sortilèges d’un orchestre qui, depuis les magisters de Pierre Monteux et de Charles Munch, savait tout de cet univers.
LE DISQUE DU JOUR
Sir Colin Davis
The Boston Legacy
CD 1. ℗ 1976
Jean Sibelius (1865-1957)
Symphonie No. 1 en mi mineur, Op. 39
Finlandia, Op. 26 No. 7
CD 2. ℗ 1976
Jean Sibelius (1865-1957)
Symphonie No. 2 en ré majeur, Op. 43
CD 3. ℗ 1977
Jean Sibelius (1865-1957)
Symphonie No. 3 en ut majeur, Op. 52
Symphonie No. 6 en ré mineur, Op. 104
CD 4. ℗ 1977
Jean Sibelius (1865-1957)
Symphonie No. 4 en la mineur, Op. 63
Tapiola, Op. 112
CD 5. ℗ 1975
Jean Sibelius (1865-1957)
Symphonie No. 5 en mi bémol majeur, Op. 82
Symphonie No. 7 en ut majeur, Op. 105
CD 6. ℗ 1981, *1977
Jean Sibelius (1865-1957)
*Le Cygne de Tuonela (No. 2, extrait de la « Lemminkäinen-Suite, Op. 22 »)
La Fille de Pohjola, Op. 49
Valse triste (No. 1, extrait des « 2 Pièces de Kuolema, Op. 44 »)
Karelia Suite, Op. 11
En Saga, Op. 9
CD 7. ℗ 1979
Jean Sibelius (1865-1957)
Concerto pour violon et orchestre en ré mineur, Op. 47
2 Humoresques pour violon et orchestre, Op. 87
4 Humoresques pour violon et orchestre, Op. 89
Salvatore Accardo, violon – London Symphony Orchestra
CD 8. ℗ 1984
Franz Schubert (1797-1828)
Symphonie No. 8 en si mineur, D. 759 « Inachevée »
Rosamunde, D. 797 (extraits : No. 0b. Ouverture « Die Zauberharfe », D. 644 ;
No. 2. Ballett-Musik I. Andante un poco assai ; No. 5. Entr’acte nach dem 3. Aufzug. Andantino ; No. 9. Ballett-Musik II)
CD 9. ℗ 1980
Franz Schubert (1797-1828)
Symphonie No. 9 en ut majeur, D. 944 « Grande »
CD 10. ℗ 1976
Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847)
Symphonie No. 4 en la majeur, Op. 90, MWV N 16, « Italienne »
Musik zu Ein Sommernachtstraum, Op. 61, MWV M 13 (extraits : No. 0. Ouverture, Op. 21 ; No. 1. Scherzo. Allegro vivace ; No. 7. Notturno. Andante tranquillo ; No. 9. Hochszeitsmarsch. Allegro vivace)
CD 11. ℗ 1979*, 1981
Piotr Ilitch Tchaikovski (1840-1893)
Ouverture en mi bémol majeur « 1812 », Op. 49, TH 49
Roméo et Juliette, ouverture-fantaisie, TH 42
*Concerto pour piano et orchestre No. 1 en si b mineur, Op. 23, TH 55
Claudio Arrau, piano
CD 12. ℗ 1981
Edvard Grieg (1843-1907)
Concerto pour piano et orchestre en la mineur, Op. 16
Robert Schumann (1810-1856)
Concerto pour piano et orchestre en la mineur, Op. 54
Claudio Arrau, piano
CD 13. ℗ 1982
Claude Debussy (1862-1918)
La Mer, CD 111
Trois Nocturnes, CD 98
Un coffret de 13 CD du label Decca 4847627
Acheter l’album sur le site de la collection Eloquence Australia ou sur Amazon.fr
Photo à la une : le chef d’orchestre Sir Colin Davis à Boston –
Photo : © DR