Avec quelle prudence Manfred Honeck se garde de l’orage qui enflamme le Maestoso ! Cette mise à distance, produite aussi par une prise de son paresseuse, m’aura fait quitter l’écoute plus d’une fois, à vrai dire je n’y reconnaissais pas la battue de ce chef réputé sanguin.
Mais ensuite, dès le second thème des cordes, ce crépuscule ! Sur ces paysages quasi nocturnes, le piano de Francesco Piemontesi semblera émerger d’un mauvais songe, s’en libérant à mesure. Il faudra l’entendre chanter et tout du long du Concerto, illuminant les accords de l’intérieur, refusant les emportements inutiles, mais soulignant combien les trilles sont hérités de Beethoven.
Au fil de l’écoute, une impression de mise à distance demeure pourtant : cette musique est plus regardée que jouée, cela change la donne, même dans un Finale qui caracole, mais dont l’alla breve segmente l’énergie.
Le plus beau ? Le nocturne étale de l’Adagio, pur songe sans un gramme de narcissisme : ce piano sait ne pas s’écouter pour mieux se faire entendre.
Mais le plus beau vraiment ? L’Opus 118, entre appassionato et sfumato, Francesco Piemontesi seul, libre comme il sait l’être. Puisse-t-il poursuivre ici dans les autres cahiers ultimes, mais aussi dans les Sonates, les Variations qui lui iraient si bien.
LE DISQUE DU JOUR
Johannes Brahms
(1833-1897)
Concerto pour piano et
orchestre No. 1 en ré mineur,
Op. 15
6 Klavierstücke, Op. 118
Francesco Piemontesi, piano
Gewandhausorchester Leipzig
Manfred Honeck, direction
Un album du label Pentatone PTC 5187417
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Photo à la une : le pianiste Francesco Piemontesi (à droite), avec le chef d’orchestre Manfred Honeck – Photo : © DR