Nouveaux visages

Un peu plus de Szymanowski ? Lorsque Grzegorz Fitelberg orchestra en 1941 l’Etude en si bémol mineur, il n’osait qu’habiller une œuvre de jeunesse, se tenant indemne de toute comparaison avec l’orchestre d’épices et de parfums que le compositeur du Roi Roger allait ensuite inventer.

En 1991, Willem Strietman osait transposer Mythes du piano à l’orchestre, sans toucher à la partie de violon, magnifiant leur univers fantasque, les éloignant de toute tentation concertante. Sa plume subtile déploie des sortilèges comme copiés de l’art de Szymanowski, merveille de sensualité mystérieuse qui augmente le pouvoir poétique du triptyque : le violon si Kochanski de Bartłomiej Nizioł est idéal, évidemment. La proposition d’Andrzej Borejko, grâce aussi aux raffinements distillés par l’Orchestre Philharmonique de Varsovie, surclasse celle de Jan Stulen et de l’Orchestre de la Radio Néerlandaise, malgré le grand caractère de son soliste, Valentin Szuk (Etcetera).

Jan Krenz aura saisi dans son orchestration assez stravinskienne l’esprit autant que la lettre de Masques, l’érotisme de Schéhérazade, la charge de Tantris, l’éloquence sombre, quasi vampirique de la Sérénade de Don Juan, tout cela si réussi au point que l’original pour piano semble s’effacer sous la baguette tour à tour mystérieuse ou aigue de Borejko. Donc, oui, un peu plus de Szymanowski, s’il vous plaît !

Et si demain la même équipe nous offrait les deux Concertos pour violon ?

LE DISQUE DU JOUR

Szymanowski Reimagined

Karol Szymanowski
(1882-1937)
Étude en si bémol mineur,
Op. 4 No. 3 (version pour orchestre : Fitelberg)

Mythes, Op. 30 (version avec orchestre : Willem Strietman)
Masques, Op. 34 (version pour orchestre : Jan Krenz)

Bartłomiej Nizioł, violon
Orchestre Philharmonique de Varsovie
Andrey Boreyko [Andrzej Borejko], direction

Un album du label CD Accord ACD 330
Acheter l’album sur Amazon.fr ― Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com

Photo à la une : le chef d’orchestre russo-polonais Andrzej Borejko – Photo : © Michał Zagórny