Rareté

Quel destin pour la tragédie lyrique après Rameau ? La révolution Gluck allait survenir, mais Mondonville, La Borde, Le Moyne, Montéclair et quelques autres n’ont pas encore cassé le moule, remettant sur le métier quelques livrets emblématiques. Jean-Baptiste Cardonne est de cette veine-là, et son Omphale, reprenant le poème d’Antoine Houdar de la Motte sans en changer un mot, montre de savoureuses accointances avec l’univers de Mondonville.

Comme celui de l’Occitan, son orchestre est somptueux, paré en fête, sans l’audace de Rameau, mais avec les charmes que le Dijonnais distillait dans ses opéras-ballets. Pourtant Cardonne ne tombe pas dans le piège du genre mineur, il assume le grand geste de la tragédie lyrique crânement, ses récits sont beaux comme l’antique et sa vocalité surveillée.

Son art s’est formé au Saint des saints, Page de la Musique de la Chambre du Roi, composant à peine sorti de l’enfance pour la Chapelle Royale, il avait assimilé le grand style. Avec Omphale, il voulait renouer avec les ultimes visages que Rameau avait déduits de la tragédie lyrique, y ajoutant une note solaire (l’air de Céphise à l’Acte III) mais sacrifiant à la tradition de l’acte infernal avec une puissance certaine. Le Quatrième Acte est le chef-d’œuvre – la grande scène avec chœur d’Argine – de cet opéra qui fut un rien boudé par le public de l’Académie Royale de Musique, étrangement plutôt pour la reprise du livret, qu’on jugea vieilli, que pour ses splendeurs musicales.

Amaryllis (1752) avait tenté le genre de la pastorale, sans plus de ce succès qui se refusa à Omphale, au point que Cardonne ne retoucha plus à la tragédie lyrique, sans pour autant connaître de meilleurs accueils avec Ovide et Julie (1773) ou Epaphus et Memphis, si ce dernier ne fût jamais donné, ultime ouvrage pour la scène d’un compositeur qui disparut à la chute de Louis XVI au point qu’on ne sait s’il aura survécu à la Terreur.

Formidable Argine selon Judith von Wanroij, Alcide volcanique de Jérôme Boutillier (Ah ! périsse avec moi l’ingrate). Reinoud van Mechelen style Iphis jusque dans sa moindre vocalise, et Chantal Santon Jeffery magnifie le rôle-titre au long d’un Cinquième Acte assez fabuleux dont György Vashegyi exalte la poésie et les divertissements comme il aura cerné l’essence de ce drame de la jalousie confinant à la folie.

Puisqu’il faut poursuivre en découvertes, les Hongrois tenteront-ils l’Amadis de Gaule de Jean-Benjamin de La Borde ?

LE DISQUE DU JOUR

Jean-Baptiste Cardonne (1730-1792)
Omphale (1769)

Chantal Santon Jeffery,
soprano (Omphale)
Judith van Wanroij,
soprano (Argine)
Reinoud van Mechelen,
ténor (Iphis)
Jérôme Boutillier,
baryton (Alcide)
Jehanne Amzal, soprano (Céphise, Une bergère, Une Thébaine)

Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction

Un album du label Glossa GCD 924016
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Photo à la une : © Glossa Music