Un miracle ! proclamèrent ceux qui assistèrent aux Variations Goldberg que Yunchan Lim aura promenées des deux côtés de l’Atlantique. L’équipe de Decca les aura captées à Carnegie Hall, lieu paralysant dont le jeune pianiste ignore les dangers. Il est chez lui ici, dans une confiance et une détente, digitale, intellectuelle qui semblent nier le moindre enjeu, il se promène en tempos sages, en phrasés discrets, sur un clavier si maîtrisé qui caresse mais n’ouvre pas sur les échappées belles ou les précipices que le sec de Glenn Gould ou l’imaginaire coloré d’André Tchaikowski dans son EMI si peu couru et à mon sens définitif, auront révélés.
Piano sage, suprêmement joué, un peu trop surveillé pour le giocoso, digital et fusant mais sans ivresse (5e Variation), jamais narcissique pourtant : ce toucher parfait ne trouve pas vraiment la folie de l’œuvre – que même Helmut Walcha sur son sinistre Ammer caressait – mais évite le côté révérence, l’immobilisme devant le chef-d’œuvre et sait soudain évoquer dans un savant dosage ce petit clavicorde imaginaire.
Le brio est partout, mais masqué, les polyphonies dorées à l’or fin éclairent une main gauche qui surveille ses caprices, le clair va jusque dans l’obscur, et de petites flûtes enchantent la 9e Variation.
Et l’émotion ? Elle ne paraît qu’au quodlibet, une fois l’œuvre accomplie, l’Aria peut revenir, berçant ce sommeil tant désiré. Assez magnifique, mais univoque aussi, pour ceux qui auront Glenn Gould ou Wilhelm Kempff en mémoire, ou pour ceux qui sauront découvrir l’enregistrement d’André Tchaikowsky … mais on ne doit pas bouder une proposition de si haute volée.
LE DISQUE DU JOUR
Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Variations Goldberg, BWV 988
Yunchan Lim, piano
Enregistré en concert au Carnegie Hall, New York, 2025
Un album du label Decca 4871517
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Photo à la une : le pianiste Yunchan Lim – Photo : © James Holecrop