La révolution de l’orchestre

Pour Berlioz, le poème qu’Emile Deschamps tira de Roméo et Juliette ne fut qu’un prétexte : tout Shakespeare serait dans son orchestre qu’il écrira en mode révolutionnaire.

C’est ici que sa syntaxe fulgurante s’incarne, autant que dans la Symphonie fantastique dont Gary Bertini laissa plusieurs captations en concert spectaculaires. Le disque immortalisa une roide Messe des morts. Roméo et Juliette s’ajoute aujourd’hui, concert parfait capté par la SWR à Stuttgart en janvier 1982.

Le chef israélien expose la modernité de cette langue sans en gommer les idiosyncrasies, laissant exploser les maelströms, caressant le spleen de Roméo, enflammant la fête, flûtant l’apparition de Mab que Philip Langridge envole avec une pointe d’humour. Curiosité, un trio de solistes anglais rappelle que la redécouverte de Berlioz venait alors non de Paris, mais de LondresSir Colin Davis avait dressé le monument discographique que l’on sait.

Le contralto sélène d’Alfreda Hodgson magnifie les strophes, John Shirley-Quirk sera plus noble que prêtre, qui songerait à le lui reprocher, un chœur nombreux, et qui soigne son français, ne parvient pas à déparer l’ensemble.

Coup de génie, le début de la troisième partie, du cortège à la scène au tombeau, où Gary Bertini expose la singularité d’un orchestre qui, soudain, semble venir du XXe siècle.

LE DISQUE DU JOUR

Hector Berlioz (1803-1869)
Roméo et Juliette, Op. 17,
H 79

Alfreda Hodgson, contralto
Philip Langridge, ténor
John Shirley-Quirk, baryton-basse

Chor des Bayerischen Rundfunks

Südfunk-Chor

Radio-Sinfonieorchester Stuttgart des SWR
Gary Bertini, direction

Un album de 2 CD du label SWR Music SWR19167CD
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Photo à la une : le chef d’orchestre Gary Bertini – Photo : © Boris Carmi/Meitar Collection/National Library of Israel/The Pritzker Family National Photography Collection