Lucerne, Kunsthaus, le 28 août 1954, André Cluytens dirige le Philharmonia Orchestra dans la Symphonie de César Franck, une de ses œuvres fétiches, deux années avant qu’il ne l’enregistre avec l’Orchestre National de la R.T.F. Dès le Lento, le tempo ample, le creusement wagnérien donnent le ton : l’envers de ce que ses aînés, Pierre Monteux, Paul Paray, Charles Munch, entendaient ici comme une symphonie regardant du Nord vers le Sud.
Il assume la germanité de l’œuvre, arde les deux Allegro non troppo de tempêtes brucknériennes, enflamme un discours lyrique d’une étonnante intensité, jusqu’à la violence. Son geste radical en surprendra plus d’un, surtout ceux qui connaissent sa gravure avec le National, ou la captation en concert avec la RTSI dans les années soixante, un autre visage de l’œuvre paraît ici, bien plus sombre, le Philharmonia n’y est pas pour peu.
Surprise, et ajout à la discographie du chef, le Concerto pour violon d’Aram Khatchatourian opère un contraste saisissant. Tant de lumière soudain, un orchestre si mobile aux bois virtuoses, aux cordes étincelantes, rappellent la folle vitalité qu’André Cluytens mit toujours au répertoire russe.
Quel bonheur d’y entendre Igor Oistrakh ! Il avait pris la succession de son père dans la défense de l’œuvre, l’enregistrant pour His Master’s Voice sous la houlette de Sir Eugene Goossens, version majeure et trop oubliée. Au concert, son archet fulgure, quel Finale !, chorégraphié avec une folle élégance par André Cluytens.
LE DISQUE DU JOUR
César Franck (1822-1890)
Symphonie en ré mineur,
CFF 130
Aram Khachaturian
(1903-1978)
Concerto pour violon et orchestre en ré mineur,
Op. 46
Igor Oistrakh, violon
Philharmonia Orchestra
André Cluytens, direction
Un album du label Audite 97.846
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Photo à la une : le chef d’orchestre André Cluytens – Photo : © DR