Étrange, Edward Gardner lisse son Mandarin merveilleux, est-ce l’effet de la Suite qui l’encourage à une lecture aussi symphonique, mais surtout sage : le sang ne coule pas ici, aucun film d’horreur, et pas même d’ailleurs la fureur de la ville dans l’intrada.
Je passe mon chemin, trop curieux de ce qu’il va faire du Prince de bois. Changement radical, cette fois, ce ne sera pas non plus le ballet, mais bien le conte de Béla Balázs qui ensorcelle cet orchestre empli de forêts crépusculaires où le Prince sera victime du maléfice, puis en sera sauvé, convolant enfin avec sa princesse.
Edward Gardner entend à quel point l’orchestre de Bartók est entre deux mondes : les éléments de pantomime avouent une écriture où passe des clartés françaises, mais l’omniprésence du décor, cette forêt piège, cette rivière infranchissable, auront inspiré au compositeur son orchestre le plus proche de ceux de la Seconde École de Vienne.
Cet équilibre qu’il faut savoir garder instable, Edward Gardner le maintient par un savant usage du récit, inféodant son orchestre aux didascalies du compositeur, il retrouve le ton légendaire, l’orchestre étouffant et coupant à la fois dont Walter Süssskind avait su percer les mystères, c’est peu dire que son Prince de bois revisite une discographie de haut vol.
LE DISQUE DU JOUR
Béla Bartók (1881-1955)
Le Mandarin merveilleux,
Op. 19, Sz. 73, BB 82 – Suite pour orchestre
Le Prince de bois, Op. 13,
Sz. 60, BB 74
London Philharmonic Orchestra
Edward Gardner, direction
Un album du label LPO Live 0141
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Photo à la une : le chef Edward Gardner –
Photo : © Andy Paradise