Elsa Barraine n’aura certainement pas consacré assez de son temps à sa musique. Occupée jusqu’à la guerre par son engagement politique, puis une fois la paix revenue par une carrière dans l’administration musicale, la part la plus repérée de son œuvre d’orchestre se trouve enclose sur ces disques utiles.
Sa signature orchestrale est évidente jusque dans sa singularité, héritière de Roussel, d’Honegger, sa syntaxe partage celle de ses amis communistes, Serge Nigg, Roger Desormière, Louis Durey. L’air du temps s’y infuse dans ses couleurs irisées, sa suractivité rythmique, ses audaces harmoniques tempérées, tout cela surprend l’oreille avant que le peu d’invention mélodique, l’envahissement des formules, ne viennent minorer l’heureuse surprise des débuts de la découverte, preuve hélas que le talent de sa jeunesse, qui lui valut de remporter le Prix de Rome peu avant ses vingt ans, aura fait long feu.
Cristian Măcelaru a pris fait et cause pour la défense de cette oubliée, révélant son œuvre dans la Maison ronde où elle avait jadis prospéré du temps de Désiré-Émile Inghelbrecht, qui grava la Fête des Colonies (composée pour l’Exposition universelle de 1937), et de Roger Désormière, son compagnon de route au Parti Communiste.
Si les Symphonies tirent un rien à la ligne, sauvées par leurs habillages orchestraux savants, Song-Koï, son cahier de variations qui accompagne le Fleuve rouge de sa source à la mer, dévoile dans ses inspirations orientalistes un art coloriste subtil que l’on retrouve dans le bref Tziganes, pièce de caractère composée en 1959 pour un usage radiophonique.
Un disque d’Elena Schwarz et des forces de la WDR aura brulé la politesse à l’album du National, faisant jeu égal avec celui-ci pour les Symphonies alors enregistrées en première mondiale. Là encore, l’intérêt de l’entreprise réside plutôt dans les pièces ajoutées. La Musique funèbre pour la « Mise au tombeau » du Titien, où le piano accroît le sombre d’un rituel impressionnant, est l’une de ses plus fortes inspirations, alors que l’Illustration symphonique pour « Pogromes », un envoi de Rome commentant en musique le poème éponyme d’André Spire, dévoile le premier visage de l’art d’Elsa Barraine. Puisqu’elle a trouvé ses zélateurs, ceux-ci se pencheront-ils plus avant du côté de ses débuts ?
Les deux Cantates pour le Prix de Rome, Héraclès à Delphes, La Vierge guerrière conservent peut-être le vrai génie d’Elsa Barraine, gageons que d’autres partitions de ce premier temps sommeillent quelque part.
LE DISQUE DU JOUR
Elsa Barraine (1910-1999)
Symphonie No. 2 « Voïna »
Illustration symphonique
pour « Pogromes » d’André Spire
Symphonie No. 1
Musique funèbre pour la
« Mise au tombeau » du Titien*
*Alberto Carnevale Ricci, piano
WDR Sinfonieorchester
Elena Schwarz, direction
Un album du label CPO 555704-2
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Elsa Barraine (1910-1999)
Song-Koï, ou le Fleuve rouge
Symphonie No. 1
Symphonie No. 2 « Voïna »
Les Tziganes
Orchestre National de France
Cristian Măcelaru, direction
Un album du label Warner Classics 5021732555199
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Photo à la une : la compositrice Elsa Barraine – Photo : © DR