Chants perdus

Nicky Spence avait déjà avoué son tropisme pour le répertoire tchèque avec un saisissant Journal d’un disparu (voir ici), il y revient pour un récital où les surprises abondent.

Durant sa brève vie, Vítězslava Kaprálová prit le temps de se pencher sur quelques mélodies qui ne déparent pas face à celles de son maître Bohuslav Martinů, qu’hélas Nicky Spence n’illustre pas ici. Mais la déclaration d’amour à Prague, grande mélodie passionnée que lui dédie la jeune fille, et plus encore les quatre mélodies débordantes de nostalgie et d’une sensualité toute debussyste de son Opus 5, qui nomment l’album, si finement restituées, remboursent de l’absence du maître en soulignant combien le talent trop tôt fauché de Kaprálová aura manqué à la musique tchèque du XXe siècle.

Un pas de côté en Slovaquie, et surprise Nicky Spence choisit les Scènes de village de Béla Bartók, plutôt la propriété des gosiers féminins – on se souvient du splendide Deutsche Grammophon de Julia Hamari. Un défi qu’il relève aussi bien pour les mélodies lyriques que pour l’exultation savoureuse des Noces ou la verdeur de la danse finale, le piano de Dylan Perez évoquant dans ses timbres la verdeur de l’habillage instrumental dont les avait vêti le compositeur pour la version chorale.

Le ténor de grand caractère de Nicky Spence redonne aux divagations poétiques des Cyprès d’Antonín Dvořák l’urgence expressive, l’intensité émotionnelle que leur conféra jadis Philip Langridge, y ajoutant ce timbre plus corsé qui rappelle les grands ténors tchèques, Beno Blachut, Ivo Žídek, sans renoncer à la poésie qu’y magnifiait Pavol Breslik (voir ici), c’est assez dire cette parfaite adéquation jusque dans les étrangetés poétiques frangées d’humour des Trois Fables de Jaroslav Křička – le piano impertinent de Dylan Perez n’est pas indifférent -, compositeur majeur de la scène lyrique tchèque dont les opéras et les opérettes sortiront peut-être un jour de leur injuste purgatoire.

LE DISQUE DU JOUR

Sparks from Ashes

Vítězslava Kaprálová
(1915-1940)
Adieux, Op. 14
Des étincelles naissent des cendres, Op. 5
Antonín Dvořák (1841-1904)
Cyprès (18 Mélodies), B. 11
Béla Bartók (1841-1904)
Scènes de village, BB 87a,
Sz 78

Jaroslav Křička (1882-1969)
3 Fables, Op. 21

Nicky Spence, ténor
Dylan Perez, piano

Un album du label Chandos CHAN20338
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Photo à la une : le ténor Nicky Spence – Photo : © Kai Price