Descriptive la Symphonie alpestre ? Le décor oui, mais le propos ? Edward Gardner prend ses distances avec les prouesses illustratives qui ont fait le succès de tant de versions, les paysages y seront, mais plus encore le voyage initiatique dont le parcours quasi nietzschéen fait l’œuvre sœur d’Ainsi parla Zarathoustra.
Rudolf Kempe ne procédait pas autrement, ciselant les paysages et tonnant l’orage, plus encore dans le granit de la Staatskapelle de Dresde que dans les étoffes du Royal Philharmonic Orchestra, mais en tendant l’arc de la narration, il laissait paraître le Wanderer.
Edward Gardner s’accommode des sonorités moins « signées » des Londoniens, fait le voyage fluide au possible, préférant toujours l’évocation à la description, lecture plus lyrique que spectaculaire, plus soucieuse de la ligne qu’aveuglée par le détail, une narration poétique aux arrière-plans philosophiques qui s’écoute et surprend toujours en bien, demande des écoutes répétées pour en saisir les beautés.
La transition avec le vaste tombeau que sont les Métamorphoses serait délicate si la même mise à distance de l’émotion par une approche philosophique ne liait les deux œuvres comme d’évidence ; et Gardner de ne pas souligner le tragique, ni l’écho beethovénien : ce tombeau fuit le pathos comme la peste, résonne éloquent et élancé, rappelant la pure ivresse dont les cordes du London Philharmonic sont capables, au point d’infuser tant de lumière dans le plus sombre, comme si l’œuvre ne pleurait pas Dresde arasée, mais bien le monde perdu de cette ballade alpestre qui ouvrait l’album.
LE DISQUE DU JOUR
Richard Strauss (1864-1949)
Eine Alpensinfonie, Op. 64, TrV 233
Metamorphosen,
TrV 290
London Philharmonic
Orchestra
Edward Gardner, direction
Un album du label LPO 0140
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Photo à la une : le chef d’orchestre Edward Gardner – Photo : © DR