Herbert von Karajan revenait à Sibelius, une espérance vaine laissait croire à cette intégrale des Symphonies qu’il avait toujours évitée. Après tout, lors des sessions Deutsche Grammophon, Okko Kamu lui avait volé les trois premières symphonies, on espérait…
Finalement, seule la Première s’ajoutera aux cycles du Philharmonia et de la Deutsche Grammophon, la Troisième lui restant interdite. Les pochettes des microsillons montraient des paysages synthétiques, l’antithèse du feu, de l’ardeur sombre qui parcourt cette Cinquième tout en roc, de la violence implacable d’une Quatrième monolithe, de la terreur panique qui soulève le tsunami de Tapiola, de la violence du rapt d’En Saga.
Ce Sibelius si moderne éclate soudain dans les nouveaux reports qui débrouillent la prise de son que la quadraphonie d’époque s’entendait à disperser. Tout est recentré, exposant ce point de non-retour : le Karajan des années 1970 restituait Sibelius dans sa modernité, l’inscrivait dans le grand concert du nouveau XXe siècle, aux côtés des Viennois, manière de faire la nique à quelques idiots, lui qui dès ses années de Londres où Sibelius était reconnu à sa juste valeur, avait tout compris de ce génie, sinon la Troisième ; en entendant sa Quatrième de 1976, et son Finale si noir, je crois comprendre pourquoi…
LE DISQUE DU JOUR
Jean Sibelius (1865-1957)
Finlandia, Op. 26 No. 7
En Saga, Op. 9
Tapiola, Op. 112
Le Cygne de Tuonela, Op. 22 No. 2
Symphonie No. 4 en la mineur, Op. 63
Symphonie No. 5 en mi bémol majeur, Op. 82
Berliner Philharmoniker
Herbert von Karajan, direction
Un album de 2 SACD du label Warner Classics 5026854941134
Acheter l’album sur le site du label www.jpc.de ou sur Amazon.fr
Photo à la une : le chef d’orchestre Herbert von Karajan –
Photo : © Siegfried Lauterwasser