Dans l’orgie discographique de Neeme Järvi, Chostakovitch tiendrait quasi une place à la marge. Ce que l’on pouvait espérer de lui, une fois l’exil acquis, fut d’abord une intégrale des quinze Symphonies, qu’il avait championnées à Tallinn en digne élève de Evgueni Mravinski.
Mais non, son répertoire encyclopédique lui ouvrait en ces années 1980 où les éditeurs voulaient refaire leurs fonds de catalogue en numérique, des horizons plus vastes, et même chez les Russes : Chandos, l’enregistrant superbement avec des formations prestigieuses, Concertgenouw inclus, lui demandera d’abord Prokofiev, ensemble génial, et majoritairement réalisé à Glasgow, dont l’impact tenait aussi à la qualité d’une prise de son spectaculaire mais pas seulement.
Chostakovitch suivra, parcellaire, aussi avec les Ecossais qui étaient devenus au disque sa formation fétiche. Leur rapport naturel facilité par son art de faire les répétitions efficaces et courtes se doublait d’une balance au cordeau que les micros de Brian Couzens saisissaient sans effort.
Le résultat, enfin regroupé dans cet utile coffret, rappelle que si Neeme Järvi ne boucla pas alors l’intégrale – il la complétera plus tard à Göteborg pour Deutsche Grammophon – ce fut probablement à cause du cycle de Bernard Haitink pour Decca : l’intégrale non russe était achevée, l’espace commercial pris.
Pourtant, la roideur, la violence, la noirceur, l’abrupt des Quatrième, Septième et Huitième Symphonies, la fantaisie ironique des Première, Sixième et Neuvième, le grand geste lyrique et fulgurant des Cinquième et Dixième restent imparables, dans le grain même, si granitique, des Ecossais.
Face à elles, les Suites de ballet dévoilent un tout autre univers, Neeme Järvi y soignant à égalité sarcasmes, fantaisies et poésies, une petite somme non négligeable, comme les Concertos pour violon, sous l’archet impérieux de Lydia Mordkovitch qui s’y souvenait de son professeur David Oïstrakh.
LE DISQUE DU JOUR
Neeme Järvi conducts Shostakovich
Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
CD 1. (P) 1984
Symphonie No. 1 en fa majeur, Op. 10
Symphonie No. 6 en si mineur, Op. 54
CD 2. (P) 1989
Symphonie No. 4 en ut mineur, Op. 43
CD 3. (P) 1988
Symphonie No. 5 en ré mineur, Op. 47
Le Boulon – Suite de ballet, Op. 27a
CD 4. (P) 1988
Symphonie No. 7 en ut majeur, Op. 60 « Leningrad »
CD 5. (P) 1989
Symphonie No. 8 en ut mineur, Op. 65
CD 6. (P) 1987, 1988
Symphonie No. 9 en mi bémol majeur, Op. 70
Symphonie No. 10 en mi mineur, Op. 93
CD 7. (P) 1988
Suites de ballet Nos. 1-4 (arr. Levon Atovm’yan)
Ouverture de fête en la majeur, Op. 96
Tea for Two (Tahiti Trot), Op. 16
CD 8. (P) 1989
Concerto pour violon et orchestre No. 1 en la mineur, Op. 99
Concerto pour violon et orchestre No. 2 en ut dièse majeur, Op. 129
Lydia Mordkovitch, violon
Royal Scottish National Orchestra
Neeme Järvi, direction
Un coffret de 8 CD du label Chandos CHAN 20439(8)
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Photo à la une : le chef d’orchestre Neeme Järvi –
Photo : © Simon van Boxtel