Quitter le disque par Beethoven, vraiment ? Le tropisme viennois d’Imogen Cooper l’avait conduit à enregistrer d’abondance Schubert, dans sa jeunesse pour Ottavo avant un cycle au Southbank Center pour la BBC, sans oublier un album à quatre mains avec Anne Queffélec.
Quitter le disque, mais aussi la scène, et simplement le public fidèle qui, à Londres, allait à ses récitals certains d’y trouver toute la musique qu’il lui fallait. Ceux qui qui entendront la guirlande flûtée, nimbée qui ouvre avec cette tendresse la Sonate en mi mineur, sauront que ce Beethoven-là, si lumineux, si simple, a déjà des vertus schubertiennes, et plus de chant que d’écueil, plus de liberté que de fureur, plus d’espace ouvert que de ton abrupt. Il lui aura fallu dix années pour apprivoiser la triade ultime.
Le secret d’un tel art vocal – car ce piano préfère chanter que dire – tient dans un art des polyphonies, dans un jeu à dix doigts où les éclats de Beethoven prennent sens, avouent cette logique de l’écriture qui ne s’était plus trouvée depuis Bach, ce grand absent de la discographie d’Imogen Cooper dont le piano de lumière aura manqué d’être l’incarnation la plus naturelle.
Mais non, à la finitude de Bach, elle aura préféré l’infini ouvert par l’Arietta, échappée immobile puis fusante, magique toujours, qui risque bien de vous tirer quelques larmes au milieu de la stupeur. Le Chant de Bartók ajouté en apostille ne les séchera pas, goutte d’eau mystérieuse, presque-rien un peu amer qui ne console pas.
Après cet « Abschied », reprenez son précédent volume Beethoven, les Bagatelles de 1822 (antérieures aux ultimes sonates, le numéro d’opus est trompeur), les Diabelli, si vives, si pleines (ce Steinway !), si libres, si impertinentes. Lors de leur parution en 2018 elles m’avaient laissé espérer cette intégrale des Sonates, ce parcours à venir. Y-a-t-elle seulement songé ? Du moins, on en tient la conclusion.
LE DISQUE DU JOUR
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
11 Bagatelles, Op. 119
Variations sur un thème de Diabelli, Op. 120
Bagatelle en la mineur,
WoO 59 « Für Elise »
Imogen Cooper, piano
Un album du label Chandos CHAN 20085
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Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Sonate pour piano No. 30 en
la majeur, Op. 109
Sonate pour piano No. 31 en
la bémol majeur, Op. 110
Sonate pour piano No. 32 en
ut mineur, Op. 111
Béla Bartók (1881-1945)
4 Hymnes funèbres, Op. 9a,
Sz. 45, BB 58 (extrait : No. 1. Adagio)
Imogen Cooper, piano
Un album du label Chandos CHAN 20362
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Photo à la une : la pianiste Imogen Cooper –
Photo : © Clive Barda