Challenge

Le Vivace de l’Opus 109 sonne telle une figure improvisée, dans un dolce joueur, comme effleurée. Un doute étreint. Mitsuko Uchida saura-t-elle, pourra-t-elle faire rugir le Prestissimo ? Elle le déclame, sans dureté mais avec éloquence, lui ajoutant une nuance fiévreuse. Tant d’art laisse sans voix, mais ce ne sera rien face au déploiement du Gesangvoll, du murmure à l’implosion solaire de la coda, irréelle, aveuglante.

Le même geste animera un Opus 110 empli de cantabile, où les paysages foisonnent, gagné progressivement par une lumière où les harmonies se dorent, le jeu de pédale ajoutant des sfumatos, tant de magie sonore tout au long du Moderato, cela ne s’entend pas si souvent. On pourra trouver l’Allegro molto un peu réservé, ce n’est qu’un passage vers le chant sourd de l’Adagio, nocturne quasi abstrait qui prépare à l’ascension verticale de la Fugue dont l’acmé retrouve l’implacable rayonnement zénithal qui m’avait tant saisi aux ultimes mesures de l’Opus 109.

Comment expliquer le relatif retrait de l’Opus 111 ? Dès le portique, une certaine mise à distance semble trahir un rien de fatigue, le concert sait être éprouvant parfois. Peu importe, Mitsuko Uchida poursuit son voyage, dévale les traits de l’Allegro con brio, puis enfin l’Arietta, hors du monde, où le silence enveloppe chaque note, quelle musicienne !, qui aura trouvé dans ces trois ultima verba, l’aboutissement d’un art voué aux Viennois.

LE DISQUE DU JOUR

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Sonate pour piano No. 30 en
mi majeur, Op. 109

Sonate pour piano No. 31 en
la bémol majeur, Op. 110

Sonate pour piano No. 32 en
ut mineur, Op. 111

Mitsuko Uchida, piano
Enregistré en concert au Suntory Hall, à Tokyo, les 28 et 30 octobre 2025

Un album du label Decca 487204
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Photo à la une : la pianiste Mitsuko Uchida –
Photo : © Justin Pumfrey