Qui s’étonnera de voir les Diotima, jusque-là au disque prudemment versés chez les Romantiques commencer leur Beethoven par les derniers Quatuors ?
Ceux qui espéraient voir sous leurs archets si précis, si prompts à fulgurer un remake des rigueurs du Quatuor LaSalle devront passer leur chemin. Ce n’est pas Schönberg qu’ils lisent dans le Quinzième Quatuor, mais bien l’essence absolue de Beethoven, sa propre modernité qui ne risque pas de se démoder : dans leur lecture si variée, si intense, où la forme équilibre l’improvisation, elle implose littéralement, balayant les cadres habituels du discours, ardant les audaces verticales, tout au monde sans aucune attache passée ou présente, juste le concentré ultime d’un art.
J’admire la fluidité derrière la précision, l’audace lorsqu’il faut (les portamentos de Yun-Peng Zhao, saisissant dans la Grand Fugue), l’ouverture stylistique qui souligne la culture discographique des quatre amis (ils connaissent leur Capet !), la liberté dans l’emploi du vibrato ou son non-emploi, le soin d’une clarté qui ne laisse aucun détail dans l’ombre sans renoncer à l’espressivo, et leur génie de la tension harmonique qui rend fascinant le Molto Adagio du Quinzième Quatuor avant la libération où chante une alouette – ils ne craignent ni la tendresse ni le descriptif : la pierre angulaire de cette lecture aventureuse, exaltante.
Mais commencez par le Treizième Quatuor, avec son final princeps restitué, cette Grand Fugue qui allait trop loin mais éclaire enfin cet opus, point de bascule, et aussi de non-retour. En apostille, on trouvera l’Allegro que Beethoven lui substitua, soudain détaché il n’est plus que cela, peu importe, l’Opus 130 retrouve sa cohérence.
Qu’ils n’en restent pas là ! Les Razoumovski auront autant à révéler sous de tels archets.
LE DISQUE DU JOUR
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Quatuor à cordes No. 12 en
mi bémol majeur, Op. 127
Quatuor à cordes No. 14 en
ut dièse mineur, Op. 131
Quatuor à cordes No. 15 en
la mineur, Op. 132
Quatuor à cordes No. 16 en
fa majeur, Op. 135
Quatuor à cordes No. 13 en
si bémol majeur, Op. 130
Ouverture [Große Fuge, Op. 133]
Quatuor Diotima
Un album de 3 CD du label Pentatone PTC 5187604
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Photo à la une : les musiciens du Quatuor Diotima –
Photo : © Jean-Baptiste Millot