Vers la nuit

Sophie Rennert m’avait surpris en bien pour un album Brahms passé un peu inaperçu au sein de la « Lied Edition » d’Hypérion, la voici chez Schubert, probablement son paradis de mélodiste, elle qui à l’opéra enflamme Donna Anna ou Dorabella, voix formée à Mozart, qu’on croirait d’abord instrumentale par la pure beauté de son mezzo ambré qui la destine hors Mozart à Octavian.

Le théâtre, elle l’infuse à ce disque Schubert assez prodigieux. La fièvre de Gretchen am Spinnrade, l’élan de Willkommen und Abschied (sublime poème de Goethe), la noirceur diabolique de Der Zwerg qui ouvre l’album, le récit à trois voix d’Erlkönig rappelle que dans le domaine du lied, elle fut formée par Brigitte Fassbaender, le mot empoigne la note, fabuleux !

Mais comment ne pas céder devant la tendresse de son Taubenpost, la mélancolie de Kolmas Klage, l’élégance subtile de Winterabend, tous entourés par le piano amoureux de Joseph Middleton, qui se fait léger pour cette petite merveille qu’est An den Mond in einer Herbstnacht, manière de conclure sur les pointes l’un des plus beaux récitals Schubert que j’ai entendus depuis longtemps.

LE DISQUE DU JOUR

Irrlichter

Franz Schubert (179-1828)
Der Zwerg, D. 771
Des Fischers Liebesglück,
D. 933
Willkommen und Abschied,
D. 767
Im Freien, D. 880
Kolmas Klage, D. 217
Gretchen am Spinnrade,
D. 118
Schwestergruss, D. 762
Die Taubenpost, D. 965a
Der Winterabend, D. 938
Im Abendrot, D. 799
Erlkönig, D. 328
Nachtstück, D. 672
An den Mond in einer Herbstnacht, D. 614

Sophie Rennert, mezzo-soprano
Joseph Middleton, piano

Un album du label BIS Records 2458
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Photo à la une : la mezzo-soprano Sophie Rennert –
Photo : © Pia Clodi