Tréteaux triomphants

Bravo à harmonia mundi, qui n’oublie pas Manuel de Falla et depuis l’ère du CD en aura repris le flambeau des mains de La Voix de son maître, l’étiquette rouge ayant capté dans les années cinquante et soixante le son Falla qui s’était formé à Paris. Le label arlésien aura transporté ses micros de l’autre côté des Pyrénées, en Andalousie et en Catalogne pour de beaux Tréteaux, une des gemmes de la brillante série teintée de préoccupations philologiques menée par Juan Pons.

Retour en Catalogne pour ce second volume de la nouvelle série Falla confiée à Pablo Heras-Casado. Ses Tréteaux (ou Retable, je préfère « tréteaux » pour ne pas créer de confusion liturgique) sont à marquer d’une pierre blanche.

Un Truchement sopraniste parfait, Héctor López de Ayala Uribe, ne fait pas regretter les géniales Lola Rodríguez Aragón et Julieta Bermejo, c’est justice d’ailleurs de rendre l’emploi à un enfant. Maître Pierre tout à son affaire, jamais cauteleux, d’Airam Hernández, et quel chevalier errant campe José Antonio López, dont la formidable colère conduit à une péroraison exaltée plus entendue depuis la gravure d’Ataúlfo Argenta qui habillait l’ensemble d’un plus grand orchestre que celui requis par Don Manuel (Eloquence promet pour bientôt la réédition d’après les bandes originales de cette gravure égarée). L’attention portée aux finesses des écritures instrumentales dispensées par Manuel de Falla en distille toutes les épices poétiques.

Un Concerto de clavecin orant dans son mouvement lent, pourtant jamais roide, très baroque dans ses mouvements vifs où Benjamin Alard retrouve le grand Pleyel (celui de Rafael Puyana, conservé aux Archives Manuel de Falla de Grenade) qu’il touchait déjà dans les Tréteaux, une Suite de Pulcinella dont le sec, le piquant, les rythmes irrésistibles font regretter l’absence du ballet complet, complètent ces si beaux Tréteaux, alertes et poétiques à souhait, ajout majeur à une discographie déjà de haut vol.

Et si demain Pablo Heras-Casado, plutôt que de s’égarer chez Wagner, nous offrait un version historiquement informée d’Atlántida ?

LE DISQUE DU JOUR

Manuel de Falla (1876-1946)
El retablo de maese Pedro
Concerto pour clavecin et cinq instruments
Igor Stravinski (1882-1971)
Pulcinella – Suite, K034b

Airam Hernández, ténor (Maese Pedro)
José Antonio López, baryton-basse (Don Quijote)
Héctor López de Ayala Uribe, soprano garçon (El Trujamán)

Benjamin Alard, clavecin Pleyel
Mahler Chamber Orchestra
Pablo Heras-Casado

Un album du label harmonia mundi HMM902653
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Photo à la une : le chef d’orchestre Pablo Heras-Casado – Photo : © DR