Last but not least

Il fallait bien qu’il y vint, la conclusion du voyage ne pouvait être que ces Diabelli qui sont des variations oublieuses du thème et comme un immense collage de « bagatelles ». Le plus libre, le plus impertinent du piano de Beethoven, qui même ose ratiociner, tant auront sauté sur l’occasion pour lâcher bride, Alfred Brendel lui-même dans un live pour la BBC, ne se ressemblant si peu pour ceux seuls qui ne le connaissent pas vraiment.

Cédric Tiberghien prend le contre-pied, d’abord il n’est pas au concert, son parcours dans les Variations (en attendant, qui sait ?, un second dans les Sonates…) aura muri au studio et pour le disque, manière de poser le regard pour aller plus au-delà des humeurs, des foucades : ses Diabelli sont construites, et parfois hautaines comme le furent celles de Maurizio Pollini, et jusqu’à l’abrupt, jusqu’au retrait aussi, simplement de la musique d’altitude et qui, comme telle, voit loin.

Dans le débraillement des humeurs, dans les clairons impertinents où passe même Leporello, Cédric Tiberghien tend une ligne, poursuit cette écriture qui se radicalise, ces harmonies qui se désharmonisent, montre Beethoven moderne, de quoi rendre proches les réinventions de György Ligeti, autre manière de tordre un objet pour en tirer une langue neuve. Et pour l’improvisation, l’humeur, qui restent consubstantielles du discours, mais pas fondatrices, les brefs admirables pris dans Játékok de György Kurtág, et surtout Une fleur pour Márta, qui fut une interprète majeure des Diabelli, font d’autres mises en regard.

Vous n’oublierez pas d’herboriser dans les autres cahiers de Variations, superbement enlevés, où Beethoven met du sel sur les thèmes de quelques contemporains, son piano s’y renforçant en inventions, mais commencez par la fin, les Diabelli, œuvre ouverte, le plus moderne du piano de Beethoven, refusant justement la clôture.

LE DISQUE DU JOUR

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Complete Variations for Piano, Vol. 3
6 Variations sur un chant suisse en fa majeur, WoO 64
8 Variations sur « Une fièvre brûlante » en ut majeur, WoO 72
12 Variations sur une danse russe en la majeur, WoO 71
10 Variations sur « La stessa, la stessissima » en si bémol majeur, WoO 73
13 Variations sur « Es war einmal ein alter Mann » en la majeur, WoO 66
33 Variations sur une valse de Diabelli en ut majeur, Op. 120

György Ligeti (1923-2006)
Musica ricercata
György Kurtág (né en 1926)
Játékok, Cahier I (extraits : Nos. 6, 34, 61, 75)
Játékok, Cahier V (extraits : Nos. 9, 18)
Játékok, Cahier VII (extrait : No. 14. Une fleur pour Márta)

Cédric Tiberghien, piano

Un album de 2 CD du label harmonia mundi HMM 902437.38
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Photo à la une : le pianiste Cédric Tiberghien –
Photo : © Benjamin Ealovega