Paradis

Enfer vraiment ? Si Behzod Abduraimov entend y entrer, ce sera d’un pas prudent, et au long du voyage qui peu à peu s’anime tout de même, comme à distance, de peur d’être brûlé, peut-être plus par ce brasier métaphysique qu’y étreignait Claudio Arrau que des cercles infernaux d’un Dante relu par l’œil de Victor Hugo. L’exorde de cette quasi Sonata ici si peu Fantasia atteint pourtant à une autre dimension, comme si soudain le pianiste avait vraiment fait le voyage.

On sera moins surpris par des Mouvements de Pétrouchka colorés au point qu’on croit y entendre l’orchestre, virtuosité invisible, poudroiement de rythmes et d’éclats, lecture vertigineuse sans toutefois le surgissement des personnages qu’y osait Shura Cherkassky : ce théâtre-là est celui d’une marionnettiste, ce que voulait Stravinski.

Le style s’admire, et s’emploie parfaitement dans le cahier de Czerny, sauvé des formules par un clavier si élégant, mais la vraie merveille de ce disque qui ose renouer avec le principe du récital jusque dans le rituel d’un bis mélancolique pris chez l’ultime Brahms, sera pour Debussy ! Suite bergamasque rêvée de bout en bout dans un clavier immatériel, aquarelle sensible et touchante, ah oui, l’album aurait gagné à s’intituler « In paradisum ».

LE DISQUE DU JOUR

Inferno

Carl Czerny (1791-1857)
Variations sur un thème
de Rode, Op. 33

Franz Liszt (1811-1886)
Après une lecture du Dante. Fantasia quasi Sonata
(No. 7, extrait des « Années de pèlerinage II, S. 161, « Italie » »)

Claude Debussy (1862-1918)
Suite bergamasque, CD 82
Igor Stravinski (1882-1971)
Trois mouvements de Pétrouchka, K012
Johannes Brahms (1833-1897)
Klavierstücke, Op. 119 (extrait : I. Intermezzo)

Behzod Abduraimov, piano

Un album du label Alpha Classics 1219
Acheter l’album sur le site du label Alpha Classics ou sur Amazon.fr
Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com

Photo à la une : le pianiste Behzod Abduraimov – Photo : © DR