Le maître des harmonies

De Florent Schmitt à Tōru Takemitsu, les cercles que Severin von Eckardstein tracent autour de Debussy ne manquent pas d’ampleur. Plus que des mises en regards, il invite à une ballade dans un univers poétique qui ose parfois s’éloigner radicalement : une fascinante Messe noire ne se mire ici dans rien d’autre, rappelant que Scriabine est l’un des sujets de son art.

La pesée assumée de Danseuses de Delphes indique que son Debussy sera charnel, sensuel, alors qu’il allège son clavier pour deux merveilleux PréludesRobert Casadesus invite une harpe éolienne, musique qui s’évapore, appelait les mystères de Mompou, mais non, ce sera une Sérénade interrompue où l’imagination impose un poème sensuel empli de guitares imaginées.

Debussy est le fil rouge, Severin von Eckardstein prenant dans les pièces en marge – cette Elégie ne s’oubliera plus, le Nocturne envoûte par ce sombre sensuel, La plus que lente est comme empoisonnée, et L’Isle Joyeuse déborde de couleurs et d’embruns, enivrant un clavier qui sait suspendre le temps, et l’atmosphère même au long de l’onirique transcription du Prélude à l’après-midi d’un faune signée Vyacheslav Gryaznov.

Quelques merveilles : la Petite boîte à musique de Villa-Lobos et les Waldweben du Siegfried de Wagner selon Brassin se répondent en miroitements dont l’écho semble se prolonger dans de fascinants Poissons d’or, aux harmonies saturées, la valse (Neige) des Crépuscules de Florent Schmitt, les grandes Houles de Gabriel Dupont, cet autre « Ce qu’a vu le vent d’Ouest », rappelant l’insatiable curiosité d’un pianiste qui aime fouiller les marges.

LE DISQUE DU JOUR

Autour de Debussy
Live at the Salle Cortot

Claude Debussy (1862-1918)
Préludes, Livre I, CD 125 (extraits : No. 1. Danseuses de Delphes ; No. 9. La sérénade interrompue ; No. 12. Minstrels)
Élégie, CD 146
Prélude à l’après-midi d’un faune, CD 87 (version pour piano seul : Vyacheslav Gryaznov)
Nocturne en ré bémol majeur, CD 89
Préludes, Livre II, CD 131 (extrait : No. 7. La terrasse des audiences du clair de lune)
La plus que lente, CD 128
Images, Cahier II, CD 120 (extrait : III. Poissons d’or)
L’Isle joyeuse, CD 109
Robert Casadesus (1899-1972)
24 Préludes, Op. 5 (2 extraits : No. 14 en fa # majeur ; No. 16 en si b mineur)
Heitor Villa-Lobos (1887-1959)
A prole do bebê No. 1, W140 (extrait : VII. O polichinelo)
Richard Wagner (1813-1883)
Siegfried, WWV 86C, Act II. Waldweben (version pour piano seul : Louis Brassin)
Sidney Corbett (né en 1960)
Piano Valentine No. 17 (In Memoriam Pina Bausch)
Gabriel Dupont (1878-1914)
La maison dans les dunes (extrait : X. Houles)
Manuel de Falla (1876-1946)
El amor brujo (extrait : No. 5. Danza del Terror ; version pour piano seul)
Florent Schmitt (1870-1958)
Crépuscules, Op. 56 (extrait : II. Neige)
Alexandre Scriabine (1872-1915)
Sonate pour piano No. 9, Op. 68 « Messe noire »
George Gershwin (1898-1937)
George Gershwin’s Songbook – No. 17. I Got Rhythm ; version pour piano seul
Tōru Takemitsu (1930-1996)
Rain Tree Sketch II (In Memoriam Olivier Messiaen)
Maurice Ravel (1875-1937)
Sonatine, M. 40 (extrait : I. Modéré)

Severin von Eckardstein, piano

Un album du label Les Nuits du Piano 3770019048009
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Photo à la une : le pianiste Severin von Eckardstein –
Photo : © Edouard Brane