Archives par mot-clé : Atsushi Sakaï

Une de plus

Atsushi Sakaï s’empare avec sa viole d’une des plus belles Sonates pour violon et continuo de Bach. Plus qu’une curiosité : dès les étrangetés du Prélude, une saisissante translation poétique qui ajoute une quatrième Sonate au triptyque où Bach fait chanter cette viole en train de disparaître.

Après tout Bach aimait remployer, transformer, transcrire, rhabiller d’une œuvre l’autre ; le geste du gambiste prenant la plume se coule sans un faux pli dans celle du compositeur, et l’œuvre est merveilleuse, peut-être moins française d’inspiration de goût que les trois opus si souvent enregistrés, quoi que l’Allegro final dansé ainsi…

Après Couperin, Marais et ce diable de Forqueray, le temps était venu pour les deux amis d’enregistrer le triptyque de Bach. Clavecin lumineux, archet de chanteur, les soleils de la Sonate en sol majeur émerveillent par leur douceur, le lyrisme intime de l’Adagio et de l’Andante comme les danses si alertes des mouvements vifs de la Sonate en ré majeur, le ton plus lancé, les accents plus éloquents de la Sonate en sol mineur, tout rayonne dans ce disque lumineux qui laisse espérer pour demain d’autres explorations, quitte à ce que Atsushi Sakaï reprenne sa plume…

LE DISQUE DU JOUR

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Sonate pour viole de gambe et clavecin No. 1 en sol majeur, BWV 1027
Sonate pour viole de gambe et clavecin No. 2 en ré majeur, BWV 1028
Sonate pour violon et basse continue en mi mineur, BWV 1023 (version pour viole de gambe et clavecin : Atsushi Sakaï)
Sonate pour viole de gambe et clavecin No. 3 en sol mineur, BWV 1029

Atsushi Sakaï, viole de gambe
Christophe Rousset, clavecin

Un album du label Aparté AP394
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Photo à la une : le gambiste Atsushi Sakaï – Photo : © Jean-Baptiste Millot

D’un goût étranger

Complétude. François Joubert-Caillet et ses amis poursuivent leur voyage intégral chez Marais. Alors que parait le Quatrième Livre, le violiste nous avertit que le Cinquième est déjà enregistré, la caravelle de L’Achéron aura touché bon port. Continuer la lecture de D’un goût étranger

Le violoncelle de Venise

Ophélie Gaillard joue depuis vingt ans un violoncelle vénitien, il fallait bien qu’un jour elle retrempa cette sublime caisse dans son répertoire natif. Quelle merveilleuse adéquation sonore le vernis de son Goffriler produit de ses graves lyriques, de ses aigus ambrés, avec l’univers de Vivaldi qui, délaissant son violon, aimait à écrire pour les teintes plus boisées du violoncelle. Les concertos choisis offrent tous les visages de cette part si singulière du répertoire vivaldien, du grand geste d’opéra aux fusées virtuoses, des cantabile éperdus aux pyrotechnies qui enflamment tout le petit orchestre de Pulcinella.

Si Ophélie Gaillard n’ajoute pas ici quelques sonates, qui sont pourtant parmi les plus belles choses que Vivaldi écrivit pour l’instrument, elle herborise parfois dans les concertos à plusieurs solistes, le violoncelle se mariant à son frère de timbre, le basson (merveilleux Javier Zafra), ou jouant en miroir avec un autre, tenu par Atsushi Sakaï, quel duo de contraltos !, sans oublier le double doublé du Concerto, RV 575 avec les deux violons. Et quelle magie lorsque son archet se mêle à la voix d’abime de Lucile Richardot pour la grande méditation naturaliste de « Sovvente, il sole », ou au contralto plus clair de Delphine Galou pour un air tiré de Tito Manlio.

Cet album sensuel, où la violoncelliste joue aussi un violoncelle piccolo aux teintes de miel d’un facteur flamand anonyme, parcourt un répertoire que Christophe Coin enregistre intégralement pour l’édition Vivaldi de naive. Aucun des opus figurant au programme de ce troisième volume ne doublonne les concertos choisis par Ophélie Gaillard.

Le Gagliano napolitain joué par Christophe Coin est plus classique de sonorité, moins dispendieux de timbres, son archet en serre les cordes, donnant un ton plus dramatique, L’Onda Armonica jouant plus sec, en couleurs plus froides que Pulcinella. Le discours tend à un certain classicisme qui fait les gestes impérieux, les couleurs assombries, le discours essentiellement noble, cambré, avec quelque chose d’espagnol – Boccherini n’est pas si loin que cela.

Ce Vivaldi sans lagune magnifie l’essence de son art dans une certaine rectitude qui le grandit, mais il faut mériter cette écoute sévère, quitte à revenir danser et chanter avec Ophélie.

LE DISQUE DU JOUR

Antonio Vivaldi
(1678-1741)

Concerto pour violoncelle, cordes et basse continue en sol mineur, RV 416
Concerto pour deux violoncelles, cordes et basse continue en sol mineur, RV 531
Concerto pour violoncelle, bassoon, cordes et basse continue en mi mineur, RV 409
Concerto pour violoncelle piccolo, cordes et basse continue en sol majeur, RV 414
Sinfonia pour cordes et basse continue en ut majeur, RV 112
Concerto pour deux violons, deux violoncelles, cordes et basse continue en ré majeur, RV 575
Concerto pour violoncelle, cordes et basse continue en mi bémol majeur, RV 788 « Per Teresa » (Larghetto)
Concerto pour violoncelle piccolo, cordes et basse continue en si mineur, RV 424
Concerto pour violoncelle, cordes et basse continue en ré mineur, RV 405
Concerto pour violoncelle, cordes et basse continue en la mineur, RV 419 (extrait : I. Allegro)
Airs d’Andromeda liberata* (RV Anh. 117) et Tito Manlio** (RV 738)

Ophélie Gaillard, violoncelle
Atsushi Sakaï, violoncelle II (RV 531, RV 575)
Javier Zafra, basson (RV 409)
Pablo Valetti, basson (RV 575)
Mauro Lopes Ferreira, basson (RV 575)
*Lucile Richardot, mezzo-soprano
**Delphine Galou, contralto
Pulcinella Orchestra
Un album de 2 CD du label Aparté AP226
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Antonio Vivaldi
Concertos pour violoncelle, cordes et basse continue,
Vol. 3

– en ut majeur, RV 400
– en la mineur, RV 420
– en ré majeur, RV 404
– en si bémol majeur, RV 423
– en ré mineur, RV 407
– en sol majeur, RV 415

Christophe Coin, violoncelle
L’Onda Armonica
Un album de 2 CD du label naive classique OP30574
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Photo à la une : la violoncelliste Ophélie Gaillard – Photo : © DR

Concerts pour le crépuscule

Dans son quotidien avec Couperin, les Concerts royaux auront accompagné Christophe Rousset d’abord à son seul clavecin, dialogue d’ombres, danses en apesanteur, tout un monde en soi où les instruments amis auraient semblé inutiles.

Aujourd’hui, il y revient avec trois dessus qu’exposent un continuo secret, discret, merveille de pudeur, d’élégance qui laisse chanter tout un monde obscur, crépuscule de sons d’une entêtante poésie qui laisse voir des ballets de notes. La touche agreste du hautbois, les unissons mélancoliques des trois amis, le continuo qui danse et virevolte, léger, tout compose une musique pour l’intimité, vision opposée à celle splendide et opulente, de l’ensemble Les Timbres que j’avais tant goûtée.

Mais les chemins d’ombre de Christophe Rousset et de ses amis, la viole admirable d’Atsushi Sakaï vont plus loin dans les secrets tendres de ce Couperin qui devait enchanter le calvaire des ultimes soirées du Roi.

LE DISQUE DU JOUR

François Couperin (1668-1733)
Concerts royaux (1722)

Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, clavecin et direction

Un album du label Aparté AP196
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Photo à la une : © DR