La lettre, toute la lettre, le texte précisément rendu, après tout les Symphonies de Tchaïkovski attendent des lectures philologiques, ce à quoi tendrait le geste si preste de Karina Canellakis. Ce qui lui manque, mais au fond si peu, pour parfaire sa proposition, reste un instrumentarium adéquat. Certains lui reprocheront de promettre tant et de rester, par les moyens, au milieu du gué.
Peu m’importe, la perfection de ces lectures parlent pour elle, et la mise à distance du pathos, ou de l’anecdotique, sont augmentés par son geste flamboyant, l’urgence qu’elle infuse à des Londoniens supra-réactifs, et dans le Finale de la Cinquième, cette volonté de « déslaviser » et de faire tendre Tchaïkovski vers l’héritage européen, d’évoquer par instants Brahms.
La Cinquième, si lancée, évite les charmes jusque dans la Valse. La « Pathétique » aura rarement résonné aussi peu pathétique, y substituant une coloration tragique, quatre études en noir jusque dans l’Allegro con grazia comme empoisonné, pour ne rien dire de la marche hallucinée de l’Allegro molto vivace, d’une précision, d’une tension toute mravinskienne ?
Et si c’était le modèle ? Alors il nous faudra aussi les spectres et les fulgurances de la Quatrième Symphonie !
LE DISQUE DU JOUR
Piotr Ilitch Tchaikovski (1840-1893)
Symphonie No. 5 en mi mineur, Op. 64, TH 29
Symphonie No. 6 en si mineur, Op. 74, TH 30 « Pathétique »
London Philharmonic Orchestra
Karina Canellakis, direction
Un album de 2 CD du label LPO Live 0137
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Photo à la une : la cheffe Karina Canellakis – Photo : © Marco Borggreve