Doublé gagnant

Qui faut-il écouter d’abord dans le Concert de Chausson ? Le violon de Renaud Capuçon, capiteux et virtuose, interprète avec un grand I, concert de chambre certes, mais pensé pour un soliste, ce que la prise de son augmente mettant le violon au premier plan.

Ce que j’écoute pourtant d’abord au long de cette lecture si poétique – je crois bien la plus émouvante Sicilienne de toute la discographie – reste le piano coffre à couleurs de Nicholas Angelich, l’une de ses ultimes apparitions et une raison de plus de le pleurer. Il imprime le tactus, y laisse respirer les paysages des Ebène, porte le chant souvent ténébreux de Renaud Capuçon, merveilleuse version qui évoque un rêve éveillé. Le lyrisme d’Ernest Chausson s’y déploie dans cette plénitude sonore qui manque à tant de versions.

À revers, les gris colorés du Poème fascinent dans une lecture comme suspendue dont Stéphane Denève et les Bruxellois font les harmonies si proches de celles du jeune Debussy. Seize minutes, manière d’abolir le temps, de laisser tout l’espace pour cette autre alouette, merveilleuse proposition qui accroît le mystère d’une œuvre unique.

LE DISQUE DU JOUR

Ernest Chausson (1855-1899)
Concert pour violon, piano et quatuor à cordes, Op. 21
Poème, Op. 25

Renaud Capuçon, violon
Nicholas Angelich, piano
Quatuor Ebène

Brussels Philharmonic
Stéphane Denève, direction

Un album du label Erato 5026854565521
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Photo à la une : le violoniste Renaud Capuçon –
Photo : © Simon Fowler/Parlophone Records Ltd.