Le couplage est classique, mais toujours aussi surprenant ; au grand geste déclamatoire du Concerto d’Antonín Dvořák, Marina Tarasova associe les vignettes de charme des Variations Rococo, de Tchaïkovski, deux mondes qui ne semblent pas destinés au même instrument.
Ses Variations sont d’une poète, et son violoncelle chante comme aucun n’aura plus chanté ici depuis l’enregistrement légendaire de Daniil Chafran. Cette grande caisse dont les aigus ont la couleur d’un alto, quelle merveille !, cet archet leste à la virtuosité invisible, qui enchaîne les ornements belcantistes et les mélodies suspendues, et fait danser l’ultime variation dans un orchestre complice … splendeur heureuse qui ne doit pas masquer la perle de l’album, l’ample Concerto de Dvořák où la puissance de la sonorité le dispute à des phrasés évocateurs.
J’attendais moins Marina Tarasova ici, probablement trompé par sa discographie récente dévolue essentiellement à l’illustration des répertoires russes puis soviétiques, mais ce Dvořák épique, exaltant, emporté d’un geste irrésistible ne se commente pas, il s’écoute et donne à entendre l’une des toute grandes violoncellistes d’aujourd’hui, une autre Natalia Gutman.
Il est temps qu’elle enregistre dans la si parfaite compagnie de l’Orpheus Radio Symphony Orchestra et Sergei Kondrashev, Bloch, Elgar, Schumann.
LE DISQUE DU JOUR
Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Variations en la majeur sur un thème Rococo, Op. 33, TH 57
Antonín Dvořák (1841-1904)
Concerto pour violoncelle et orchestre No. 2 en si mineur, Op. 104, B. 191
Marina Tarasova,
violoncelle
Orpheus Radio Symphony Orchestra
Sergei Kondrashev, direction
Un album du label Northern Flowers NFPMA 99163
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Photo à la une : la violoncelliste Marina Tarasova, en novembre 2015 – Photo : © DR