Mel Bonis osant l’orchestre ? C’est méconnaître l’art de cette compositrice majeure qu’on croit trop volontiers cantonné à son piano et à ses œuvres de musique de chambre. La qualité de sa musique égale celle de Cécile Chaminade, et à son exemple Continuer la lecture de L’orchestre de la pianiste
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Arc-en-ciel
Longtemps Fauré eut sa classe au Conservatoire, non pas un magister mais un révélateur. Ravel y brillait déjà, Mel Bonis bien plus tôt apportait son univers onirique que le compositeur de Pénélope partageait d’évidence, d’autres rêveurs éveillés suivront, tous partant du songe fauréen, en complexifiant la grammaire comme Jean Roger-Ducasse, en dorant les harmonies dans un sillage assez Ravel d’ailleurs : Louis Aubert évidemment, si vif, si pointe sèche, si irrésistiblement brillant, l’envers des rêves purs de Koechlin, comme de ceux plus étranges de Florent Schmitt.
De tout cela, Gaspard Dehaene compose sur son clavier ailé un arc-en-ciel où les paysages le disputent à l’émotion, qui peut être soudain si sombre, comme ombrée de désespoir lorsque la comète Lili Boulanger passe dans son noir sillage : Jardin esseulé, Prélude immobile où s’endort un faune.
Cette palette si douce anime un disque de poète qui ne traîne jamais : écoutez sa Pavane pour une infante défunte, ses Jeux d’eau, la Pavane de Fauré, mais le jeune homme sait aussi élargir la focale pour la troisième Pavane de l’album, celle de Georges Enesco, qu’improvise un lautari dont Gaspard Dehaene flûte les ornements orientaux, superbe vraiment.
Merveille, l’Ophélie hypnotique de Mel Bonis, si seulement Gaspard Dehaene voulait graver tout son œuvre de piano !
LE DISQUE DU JOUR
Gabriel Fauré (1845-1924)
8 Pièces brèves, Op. 84
(extrait : No. 7. Allégresse)
Pavane, Op. 50
Valse-Caprice No. 1
en la majeur, Op. 30
Maurice Ravel (1875-1937)
Pavane pour une infante
défunte, M. 19
Jeux d’eau, M. 30
Louis Aubert (1877-1968)
Lutins, Op. 11
Valse-Caprice, Op. 10
Florent Schmitt (1870-1958)
Soirs, Op. 5 (extrait : I. En rêvant)
Enfants, Op. 94 (2 extraits : No. 7. Moïse [sauvé des eaux] ; No. 8. Terrible)
Lili Boulanger (1893-1918)
3 Pièces pour piano (extrait : No. 1. D’un vieux jardin)
Prélude en ré bémol majeur
Mel Bonis (1858-1937)
Ophélie, Op. 165
Au crépuscule, Op. 111
Jean Roger-Ducasse (1873-1954)
Sonorités
6 Préludes pour piano (2 extraits : No. 1. Très nonchalant ;
No. 3. D’un rythme très précis)
George Enesco (1881-1955)
Suite pour piano No. 2, Op. 10 (extrait : III. Pavane)
Charles Koechlin (1867-1950)
Paysages et marines, Op. 63 (extrait : III. Promenade vers la mer)
Paul Ladmirault (1877-1944)
Hommage à Gabriel Fauré
Gaspard Dehaene, piano
Un album du label Mirare MIR 776
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Photo à la une : le pianiste Gaspard Dehaene –
Photo : © Romain Charrier
Sombre brio
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Feux d’artifices et songes
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